Anthony Luzzato Gardner : la passion de l’Europe.

Sa mère était italienne, son épouse est espagnole, Son père fut ambassadeur en Italie et en Espagne. Probablement, le plus "européen" des Ambassadeurs des Etats-Unis auprès de l’Union européenne, Anthony Luzzato Gardner fut même stagiaire à la Commission après ses études à Harvard, Oxford et Columbia Law School. Couronnement d’une riche carrière publique et privée au service des relations transatlantiques, son "poste de rêve" selon sa propre expression, vient de se terminer. Rencontre avec l’envoyé d’Obama à l’Union européenne.

Le magazine.info : Monsieur l’Ambassadeur, votre poste à Bruxelles s’est achevé le 20 janvier dernier, pourriez-vous nous rappeler quels objectifs vous avaient été assignés lors de votre nomination le 18 février 2014, en tant que représentant des Etats- Unis auprès de l’Union européenne.

Anthony Luzzato Gardner :
Les principaux objectifs de ma mission étaient les suivants :

1/ Améliorer le climat de confiance qui s’était dégradé en grande partie du fait des révélations de Snowden.

2/ Faire progresser les négociations du Traité de Partenariat transatlantique en matière de commerce et d’investissement.

3/ Approfondir les relations avec le Parlement européen en raison de son rôle renforcé par le Traité de Lisbonne et de sa voix en matière de protection des données personnelles et de relations commerciales.

4/ Promouvoir les efforts destinés à la réduction de la dépendance énergétique de l’Europe, particulièrement dans le secteur du gaz.

5/ Enfin, promouvoir l’unité des Etats-Unis et de l’Union européenne dans la mise en oeuvre et la reconduction des sanctions contre la Russie.

J’ai également cherché à m’assurer que la mission des Etats-Unis auprès de l’Union européenne devienne un centre d’excellence au sein du gouvernement américain sur toutes les questions relatives à l’UE auxquelles étaient confrontés les différents départements de l’administration américaine. Compte tenu du fait que presque toutes les composantes du gouvernement américain sont représentées à la mission des Etats-Unis auprès de l’UE - les employés du Département d’Etat ne représentent en réalité que la moitié des effectifs -Il est particulièrement important d’assurer la coordination et la circulation de l’information étant donné que de nombreuses questions se recoupent.

Une autre préoccupation importante fut aussi d’encourager de fréquentes visites aux Institutions européennes de la part de hautes personnalités de l’administration Obama. A cet égard, nous avons réussi à organiser deux visites du Président, du vice-président et de la moitié du cabinet ainsi que nombreuses visites du Secrétaire d’Etat, John Kerry, du Secrétaire d’Etat au Commerce Froman, de nombreux adjoints et sous- secrétaires. J’ai par ailleurs joué un rôle clé dans l’organisation du Sommet Etats-Unis/Union européenne à Varsovie.

Le magazine.info : Quels sont à votre avis vos succès les plus notoires ? Avez-vous également des regrets concernant l’accomplissement de votre mission ?

Anthony Luzzato Gardner :
Au cours de trois années où j’ai eu le privilège de diriger la mission des Etats-Unis auprès de l’Union européenne, nous avons fait progresser les relations US/UE au service des intérêts américains durables dans de nombreux domaines à savoir : la protection des données personnelles, l’économie digitale, le commerce, la défense, le respect de la loi, le contre-terrorisme, les sanctions, l’énergie, le climat, la science et la technologie.

Fort du soutien de mon équipe à la Mission US/UE, j’ai aussi élevé de façon significative le niveau de financement du secteur privé afin d’assurer 7 années supplémentaires de bourse concernant un ou deux chercheurs américains pour l’étude des questions politiques de l’Union européenne. Nous avons également avancé sur plusieurs questions commerciales dans le cadre du projet de Traité de Partenariat transatlantique en matière de commerce et d’investissement mais évidemment, pas autant que nous l’aurions souhaité.

Le magazine.info : Quels conseils pourriez-vous donner à votre successeur en ce qui concerne la marche quotidienne des relations US/UE et la manière de traiter avec les institutions européennes ?

Anthony Luzzato Gardner :
Mon premier conseil est de cultiver le relationnel. L’UE est complexe et difficile à comprendre mais beaucoup trop facile à caricaturer. Les Affaires européennes sont extrêmement importantes pour la défense de nos valeurs communes et pour la stabilité du monde. Si mon successeur s’avérait être cynique vis-à-vis de l’UE, voire souhaiterait son effritement, ce serait un véritable recul.

L’un des défis majeurs de mon successeur sera d’expliquer l’Union européenne à un public non-expert chez nous aux Etats-Unis. Mon successeur devrait soigneusement prendre en considération que pendant près de 60 ans tous les gouvernements américains, qu’ils fussent démocrates ou républicains, ont soutenu le processus d’intégration européenne pour la très bonne raison que celui-ci profite non seulement aux intérêts européens, mais aussi à nos propres intérêts.

Dès les premiers jours, le monde américain des affaires a été un fervent soutien du marché commun, car il en a bénéficié de façon grandement significative. Je conseillerais aussi à mon successeur de ne pas faire l’apologie du Brexit. Alors que le résultat du référendum au Royaume-Uni mérite le respect, les Etats-Unis ont besoin d’équilibrer leur désir de bonnes relations avec le Royaume-Uni avec la nécessité de maintenir des relations fortes avec l’Union européenne. Je conseillerais aussi à mon successeur de continuer à investir un temps considérable au Parlement européen.

Mon successeur devra relever le défi d’expliquer à Washington qu’en dépit des nombreux défis auxquels est confrontée l’Union européenne, elle n’est pas sur le point de se désagréger - en réalité, le soutien à l’UE a progressé - et elle s’est montrée performante dans de nombreux secteurs d’importance pour les Etats-Unis, à savoir la protection des frontières extérieures, le contre-terrorisme, la sécurité énergétique, le marché intérieur digital, la lutte contre les pratiques commerciales déloyales chinoises.

Le magazine.info : La perspicacité de votre vision dans le domaine des affaires européennes et internationales a souvent suscité de nombreux éloges. En ces temps troublés pour l’Europe et le monde, y a-t-il un message particulier que vous aimeriez adresser aux peuples d’Europe et à leurs dirigeants ?

Anthony Luzzato Gardner : Luttez contre la vague déferlante du populisme. L’Histoire n’est pas linéaire et les réalisations des décennies passées sont en jeu. L’avenir de l’UE est en question. Les modérés sont trop timides, tandis que les représentants des deux extrêmes du spectre politique monopolisent l’attention des media. Il est nécessaire que les Européens et leurs dirigeants de la majorité silencieuse fassent entendre leur voix, défendent leurs institutions démocratiques, continuent de promouvoir un ordre économique international libéral. Il est aussi d’une importance capitale que les gouvernements européens oeuvrent davantage pour combattre le virus de la désinformation russe qui cherche à saper la confiance des institutions de l’Europe.

Lemagazine.info : Peut-être en raison de votre éducation multilingue et multiculturelle, ainsi que de vos origines familiales, vous semblez habité d’une véritable passion pour l’Europe ? Quels sont désormais vos projets d’avenir ?

Anthony Luzzato Gardner : J’ai en effet passé la moitié de ma vie et presque toute ma vie professionnelle en Europe. Ainsi a-t-il été toujours très clair que je continuerai de consacrer ma vie à la cause des relations transatlantiques. Je suis actuellement Visiting Fellow au Collège d’Europe à Bruges. C’est une institution que j’admire depuis longtemps et j’ai même envisagé d’y étudier après mes études universitaires à Harvard. A propos, le Collège d’Europe a récemment signé un accord avec Tufts University (Boston) pour un programme de Master en Affaires transatlantiques. Puis, à partir du 1er mai, je serai Visiting Fellow au Centre Robert Schuman de l’Institut universitaire européen de Florence. Il s’agit d’une autre institution de pointe pour l’étude des Affaires européennes. Je mettrai à profit mon temps dans ces deux institutions pour réfléchir à mon expérience intensive de ces trois dernières années. J’ai l’intention d’écrire, de m’exprimer et finalement de planifier mon retour dans ma maison familiale à Londres pour la mi-septembre.

 

En raison de la dangerosité des temps à venir, je sens qu’il est de mon devoir de rester engagé en faveur de la défense et de la construction des relations Etats-Unis/Union européenne. Mon compte twitter est @tonylgardner.



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Le 19 février

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