Banlieue : ‘Au-delà de toute cruauté, l’espoir’

Alors que les quartiers populaires sont encore montrés du doigt pour des faits de violence, Fabrice Macaux, metteur en scène, nous livre, caméra au poing, un autre regard sur la banlieue. Celui de Kaki, 20 ans, habitant du quartier La Muette, à Garges-lès-Gonesse, commune voisine de Villiers-le-bel dans le Val d’Oise, qu’il a suivi pendant un an. Un an au cours duquel le jeune homme a subi une agression au couteau pour une affaire de vol de voiture. Le documentaire de Macaux, ‘Puissance 1000’ montre le cheminement de Kaki, qui refuse de se laisser envahir par la haine.


Fabrice Macaux et Kaki. Photo : Emma Lassort, Lemagazine.info

Lemagazine.info : « Puissance 1000 » nous immerge complètement dans la vie de Kaki. Comment s’est passé le tournage ?

Fabrice Macaux : Le rapport de confiance a été dur à instaurer. Le principe de base était que Kaki m’appelait à chaque fois qu’il considérait que le moment était opportun. Au début, il y a eu beaucoup de lapins. Puis deux événements nous ont soudés : la fête du premier de l’an et lors de la rencontre au stade de France du Mali contre la Lituanie, où j’ai pu obtenir des places pour Kaki et deux de ses amis. Pour moi, l’histoire ne faisait que commencer…

Kaki : C’est vrai que j’ai pas mal testé Fabrice. Etre filmé a provoqué des réticences vis-à-vis de mes proches. Mais je suis fier du résultat, et autour de moi je constate que mon avis est partagé.

Lemagazine.info : Que vouliez-vous montrer à travers ce film ?

Fabrice Macaux : Ce que je veux montrer, c’est qu’au-delà de toute cruauté il y a de l’espoir. Oui, effectivement, il y a des problèmes en banlieue mais beaucoup moins que les médias le suggèrent. En tant que réalisateur de vidéo, de metteur en scène pour le théâtre, j’ai un rapport créatif au monde. Ce que je trouve passionnant, c’est l’ouverture vers le monde moderne, c’est-à-dire le métissage. Et en banlieue nord, on compte plus de 66 ethnies ! Le cloisonnement est un leurre. Sur un terrain de football, par exemple, tout le monde est mélangé !

Kaki : Ce que je voulais, c’est changer l’œil malsain par rapport à nos quartiers. Essayer de sortir des clichés « des bons et des méchants ».

Lemagazine.info : Comment ressentez-vous la stigmatisation dont font l’objet les habitants des quartiers populaires ?

Fabrice Macaux : Kaki a conscience de là où il est et a envie de s’élever. Après son bac, il s’est engagé dans des études de langue anglaise à la Sorbonne. En même temps, et dans le documentaire on le voit bien, il ne déjeune qu’avec des banlieusards… Il est confronté à un rapport conflictuel entre sa réalité sociale, culturelle, et l’envie de prendre toute sa place dans la société française. Le rapport communautaire, non choisie, se situe à tous les niveaux. Ce n’est pas qu’une question d’origine, c’est aussi une question géographique. La ghettoïsation vient du fait que les gens ont peur, de part et d’autres, des quartiers populaires.

Kaki : C’est vrai que dans nos cités, on s’y sent comme dans un cocon. Et à l’extérieur, on s’attache aux gens qui nous ressemble. Tout changement est perçu comme une menace. On n’aime pas trop bouleverser nos habitudes. Pourtant je pensais qu’en étudiant à la Sorbonne, tout le monde parlerait la même langue. Mais très vite, la distance s’installe toute seule.

Lemagazine.info : Comment expliquez-vous la violence des affrontements avec les forces de l’ordre, du 25 au 27 novembre derniers, suite à la collision mortelle de Mouhsine et Lakamy, en moto, avec une voiture de police ?

Kaki : Concernant cette affaire, il y a eu une vraie bavure et la façon des jeunes de s’exprimer s’est traduite par la violence, la révolte. J’ai écouté le discours de M. Sarkozy et ce qui ne m’a pas plus, c’est qu’il s’est tout de suite rangé du côté des policiers, sans rendre hommage aux familles des victimes. Si cela ne change pas en haut, il n’y aura aucune amélioration dans les relations entre les policiers et les jeunes.

Fabrice Macaux : Ce que kaki veut dire, c’est que les policiers devraient se mettre au service du bon fonctionnement du quartier. Privilégier le bien vivre, la sécurité des habitants. Au lieu de cela, les jeunes perçoivent une sensation de danger, de provocation, à la vue d’un uniforme. Ils ont peur d’être soumis au délit de sale gueule. Kaki à lui-même été victime d’une agression au couteau. Or son histoire s’est terminée dans les placards. Il croise son agresseur tous les jours… Comment comprendre ça ? Il y a pourtant des gens compétents. Je pense au maire de Garges-lès-Gonesse ou au directeur du centre culturel qui essaient de faire bouger l’affaire… sans résultat.

propos recueillis par


« Puissance 1000 » est disponible en DVD auprès de la compagnie Corpus ( 01 42 09 18 16). Prochaine projection au cinéma Utopia à Pontoise le 8 février 2008, suivi d’un débat avec des représentants de l’égalité des chances, de l’enseignement et de la justice.


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Le 11 décembre 2007

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