Dans l’archipel de la regrettée Cesaria Evora, chacune des dix îles situées au large du Sénégal possède sa personnalité propre. Seul point commun : la simplicité de l’accueil et la gentillesse des habitants. De la douceur de vivre dans ce pays aride, véritable « Sahel en mer ».
Les plages de sable fin de l’île de Boa Vista - YH
Boa Vista, où nous atterrissons, est une île de sable et de dunes. Ainsi, de chaque côté du complexe hôtelier Riu s’étalent dix kilomètres de plages de sable fin. Plus haut, vers Rabil, les eaux couleur turquoise de la plage de Chave invitent à la baignade. À l’intérieur, la végétation est maigrelette. De-ci de-là, des acacias fourbus s’inclinent vers le sol et indiquent la direction du vent. Soudain, un panneau indicateur accroche le regard : « Désert de Viana » annonce-t-il. Ce n’est pas un mirage : un bout de Sahara au cœur de la petite île. La plupart des îles de l’archipel souffrent de la sécheresse et il est recommandé de ne pas gaspiller l’eau. On retrouve un parfum d’Afrique à Sal Rei, la « capitale » de Boa Vista. Là, des groupes de Capverdiens, décontractés, se livrent en pleine journée à d’interminables parties d’awalé, comme sur le continent noir.
Même prime au farniente sur l’île voisine de Sal, paradis des amateurs de windsurf. Au port de Palmeira, c’est l’heure du retour des artisans-pêcheurs. Certains découpent sur place les mérous et garoupas ramenés par les embarcations, tandis que d’autres replient les filets multicolores. Non loin, à Espargos, la principale ville de l’île, une noria de brouettes remplies de jerricanes fait la queue à la borne-fontaine. « Sans cette possibilité de ravitaillement, nous dit un jeune père venu avec son enfant, je prendrai le chemin de l’exil. ». Comme la grande majorité : la diaspora capverdienne – 700 000 habitants – implantée du Portugal aux Etats-Unis est plus nombreuse que les habitants de l’archipel (450 000 habitants.) A deux pas de la petite foule, une école primaire accueille des enfants en nombre. C’est une autre singularité du Cap Vert : la population y est alphabétisée à 85 %.
Une rue commerçante de Sal Rei, capitale de Boa Vista - YH
Un parfum de nostalgie
Sal offre la possibilité de deux excursions originales. En poussant vers le nord-ouest, on rejoint Buracona, où les vagues se brisent sur les récifs volcaniques. Mais au pied des orgues de basalte, une vasque protégée forme une piscine naturelle. Sur le chemin du retour, jetez un œil à la grotte qui surplombe les lieux : elle vous renvoie un étonnant reflet bleuté. Son clin d’œil, à elle. Puis, direction plein est vers les salines de Pedra Lume. On y accède par un tunnel creusé en 1804 dans la montagne par les premiers exploitants portugais. A l’époque, le sel était remonté à dos d’âne. Puis, les successeurs, les Salins du Midi, construisirent un téléphérique au début du XXe siècle. Il remontait jusqu’à 40 tonnes de sel par an. En débouchant du tunnel, on découvre les vieux portiques en bois qui témoignent de l’activité d’antan. Aujourd’hui, les salines sont devenues le dernier lieu de baignade tendance. Comme dans la mer Morte, pas besoin de savoir nager, on flotte. Vous pouvez finir votre polar dans la saumure tiède !
Pascal, notre guide, est un ancien journaliste de « La Marseillaise », qui s’est installé à Sal voici onze ans. « L’île a pris un nouveau départ dans les années soixante avec la relance de son aéroport, raconte-t-il, suite à un accord négocié avec l’Afrique du Sud de l’apartheid, alors coupée du monde. Elle a construit une piste permettant d’accueillir de gros porteurs et obtenait en échange la possibilité d’escales pour sa flotte aérienne. » Aujourd’hui, ironie de l’histoire, l’aéroport porte le nom du leader indépendantiste, Amilcar Cabral.
Au retour de la pêche dans le port de Palmeira sur l’île de Sal - YH
Incursion en forme de pèlerinage à Sao Vicente, l’île de la voix d’or du Cap-Vert, Cesaria Evora, décédée le 17 décembre 2011, à 70 ans. À Mindelo, sa ville est sous l’emprise de la sodade (« saudade » en portugais), ce blues tropical qui prenait la forme de mornas et coladeras. Au bar du Club nautique, rassemblement des marins relâchant dans le port, une nouvelle génération de guitaristes reprend ses succès – « Petit pays », « Cize » « Sodade »,…- en manière d’hommage. Nous quittons Mindelo la cosmopolite avec ce vague à l’âme que « la diva aux pieds nus » chantait si bien.