Ces murs qui nous écoutent

Après avoir donné la parole à Kaki, jeune d’une cité proche de Villiers-le-bel, dans le documentaire « Puissance 1000 » (voir notre article « Banlieue : ‘Au-delà de toute cruauté, l’espoir’ - France - LE MAGAZINE.INFO) Fabrice Macaux a adapté pour les planches une des nouvelles de Spôjmaï Zariâb, auteur afghane. Avec un décor minimaliste et deux acteurs, la pièce plonge le spectateur dans un univers répressif.


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Dans son entreprise de service public, « le ministère du travail », Sarah enregistre les mouvements des salariés. Et tous les jours, des fonctionnaires, désignés par des numéros, sortent la tête baissée. Ceux-là ne reviennent pas. Ils sont remplacés les jours suivants… ou pas. Avant cela, ils ont dû passer par cinq paliers (le « redressement » étant le dernier avant la porte). Ils descendent d’un niveau à chaque effraction au règlement. Chez elle, Sarah enregistre ses pensées. Elle parle de son collègue qui maigrit de jour en jour. Mais « les murs ont des oreilles » lui dit ce dernier. Dehors, les gens ne communiquent plus. Aussi les livres sont-ils pour Sarah le dernier espace de liberté où se réfugier. Lui enlèvera-t-on ce dernier rempart ? Son identité ?
 
La pensée emprisonnée
 
La pièce décrit une société totalitaire, oppressante, où les individus sont sans cesse épiés, où la pensée est formatée. On peut faire le rapprochement avec Le Joueur d’Echec de Stephan Zweig où le personnage principal, le Docteur B, exilé autrichien, survit à la prison du régime nazi en apprenant par cœur un manuel d’échec. Sauf que Ces murs qui nous écoutent, publiée aux éditions de l’inventaire en 2000, fait référence à l’occupation soviétique en Afghanistan dans les années 80. L’écrivaine afghane, exprime à travers son oeuvre la violence de l’homme et l’enfermement de la femme.
 
Avant de rencontrer Spôjmaï Zariâb, Fabrice Macaux, l’adaptateur et le metteur en scène de la pièce, avait déjà proposé en 2003 une aventure théâtrale expérimentale à Homaïra Mawlanazada, jeune afghane réfugiée en France après avoir traversé les années de terreur instauré par le régime Taliban. Parallèlement, Corpus, l’association qui a produit la pièce, organisait une série d’évènements liés à l’Afghanistan : « des Itinéraires afghans », à Paris et à Strasbourg. Pour mieux faire comprendre la réalité vécue par les afghans, Fabrice Macaux a réussi à créer un climat de suspicion qui fait écho aux oppressions d’Etat.
 
Résistance
 
Si l’on ne vient pas voir ce spectacle pour rire ni pour se détendre, on est vite captivé par le jeu des acteurs. Delphine Zucher, avec ses mimiques empruntées aux clowns (quinze ans de métier, ça ne s’invente pas !), passe du registre de la légèreté à celui de la gravité avec une facilité déconcertante. Déconcertante, comme le décor où elle évolue : un carré, installé sur un axe mobile. Une face représente le bureau, l’autre le foyer, au milieu d’un univers que l’on devine urbain, qui pourrit peu à peu. Une atmosphère viciée. Les murs, minces parois de plastique, s’accrochent, coulissent. Les lumières s’éteignent ou s’allument. Tout l’univers sonore et scénographique est créé par un seul homme : Yann Seznec. C’est lui qui fait tourné le cube, qui monte et démonte les parois, qui souffle dans le micro pour que l’angoisse règne. C’est celui lui qui, devenant acteur, tire les ficelles de la vie de Sarah. Et sa marionnette tombe dans son piège… Ou presque. Car la résistance n’a pas dit son dernier mot et peut revêtir des formes insoupçonnées.

Ces murs qui nous écoutent

Pièce de Fabrice Macaux d’après la nouvelle de Spôjmaï Zariâb. Du 8 au 15 mars 2008 au Lavoir Moderne Parisien (18e arrondissement). Et le 21 mars 2008 au théâtre Silvia Monfort à Saint-Brice (95).


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Le 7 mars 2008

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