Congo : enfants sorciers

La République démocratique du Congo connaissait déjà le fléau des enfants soldats. Elle est aujourd’hui en proie à un autre phénomène inquiétant, celui des « enfants-sorciers » : depuis une dizaine d’années, on observe, à Kinshasa et ailleurs dans le pays, une recrudescence des accusations de sorcellerie frappant les enfants.
 
 
 
Ils sont plusieurs milliers d’enfants accusés par des voisins ou leurs propres parents de porter le mauvais œil, d’être à l’origine de malheurs, d’accidents, de désagréments survenus dans leur famille ou leur quartier, d’être des « Ndoki », sorciers en langue Indala. Des enfants sachant à peine parler sont parfois soupçonnés. On leur reproche souvent la même chose : ces enfants se métamorphoseraient dans le monde invisible, effectuant des visites nocturnes, « mangeant la chair et buvant le sang » de leurs victimes. Des petites filles sont suspectées de se transformer en femmes pour attirer dans leurs lits des hommes, puis de faire disparaître leurs organes génitaux pour les frapper d’impuissance. D’autres encore se transformeraient en serpents ou en crocodiles. Schéma récurrent : les enfants deviennent sorciers à la suite d’un cadeau « empoisonné », offert en général par une femme : une mère, une grand-mère, une tante, une voisine ou une commerçante.
 
Si certains de ces enfants ont la « chance » d’être confiés aux Eglises pour des séances de purification et d’exorcisme douloureuses, la plupart sont brutalisés, puis mis à la porte du foyer familial. Abandonnés, et redoutés par la majorité des gens, ces prétendus enfants-sorciers errent seuls, dans les rues des grandes métropoles congolaises. L’organisation non gouvernementale Save the children et l’UNICEF donnent le chiffre de 2.000 enfants à Kinshasa, soit 50% des enfants des rues. A l’échelle du pays, c’est probablement plus de 10 000 enfants qui seraient concernés.
 
Un phénomène qui s’accentue au rythme de la décomposition du pays
 
L’attribution à un enfant de pouvoirs maléfiques apparaît généralement au sein de familles touchées par un malheur. Décès, maladies, chômage ont besoin d’explications et de coupables. Face à la pauvreté ou aux ravages de la guerre, les parents incapables de nourrir leurs enfants sont parfois tenter d’en faire des bouc-émissaires, et de les rendre responsables de leurs malheurs. Il demeure que la plupart des enfants accusés de sorcellerie sont souvent isolés et déjà victime de marginalisation  : beaucoup sont des orphelins du sida ou de la guerre, d’autres sont des enfants soldats démobilisés.
 
Obligés de subvenir à leurs besoins, certains gamins partis travailler dans les mines diamantifères sont finalement revenus plus riches que leurs aînés. Les adultes ont alors tendance à les diaboliser, en réaction à leurs propres angoisses face aux bouleversements de leur environnememnt traditionnel, qu’il s’agisse des modèles familiaux ou des relations intergénérationnelles. Mais surtout, face aux traumatismes de la guerre ou du sida, la société congolaise a tendance à se rattacher de plus en plus au « monde invisible ».
 
La réaction du gouvernement
 
A l’instar d’autres pays d’Afrique touchés par le phénomène, comme le Bénin, le Nigéria, l’Angola, mais aussi l’Afrique du Sud, le Cameroun ou le Togo, le gouvernement congolais a pris les choses en main : avec l’UNICEF, il a lancé une campagne de sensibilisation pour que les coupables de maltraitance sur les enfants répondent de leurs actes devant la justice.


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Le 6 avril 2005

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