En direct du Mont-Saint-Michel

Le lancement du Tour de France 2016 depuis le « monticule magique » a conforté le prestige de la superbe abbaye bénédictine. Tout comme le rétablissement du caractère maritime du site appréciable lors des grandes marées. Ou encore la perpétuation d’une tradition, la fameuse omelette de la mère Poulard. Top départ.

Premier aperçu à l’approche du littoral : au bourg de Pontorson qui oblige tous les véhicules à l’arrêt, on discerne entre les arbres la flèche de l’abbaye surmontée de la statue en cuivre doré de Saint-Michel. Un spectacle prometteur. Nous ne sommes pas les seuls à arpenter le pont-passerelle, élégante courbe de 760 mètres recouverte de chêne. Le Mont-Saint-Michel, qui accueille quelque 2,5 millions de visiteurs par an, est le troisième monument le plus visité de France, après la Tour Eiffel et le château de Versailles. Les touristes japonais sont en nombre. La beauté du sanctuaire fait elle écho à leur cône sacré, le mont Fuji ? Dans la foule, des couples romantiques à souhait préfèrent emprunter la maringotte, tractée par deux chevaux, qui les dépose au pied du promontoire.

Prouesses architecturales

Du balcon maritime, la vue d’ensemble est superbe. Les édifices médiévaux semblent enroulés autour du rocher granitique et tendre vers le ciel. Forte envie d’aller voir la splendeur de l’intérieur. On passe sans transition de la Grand rue commerçante au Grand Degré de l’abbaye où déambulent quelques moines recueillis. Des membres des fraternités monastiques de Jérusalem ont pris le relais en 2001 des bénédictins qui occupèrent les lieux huit siècles durant. Ils menaient une existence contemplative, mais devaient ouvrir leur porte aux miquelots, le nom des pèlerins du Mont-Saint-Michel. Remontant le fil de l’histoire en même temps que les escaliers, on apprend que ce lieu est né d’un songe, celui d’Aubert, évêque d’Avranches : l’archange Michel lui aurait enjoint un soir de l’an 708 de bâtir un sanctuaire sur un roc aux confins des terres bretonnes et normandes. Le rêve est devenu réalité et l’on s’en félicite lorsqu’ayant atteint le sommet, on découvre le magnifique cloître. Entre les 137 colonnettes en quinconce on distingue, au large, l’archipel des îles Chausey d’où fut amené le granit qui a permis de construire l’abbaye. Un chantier de plusieurs siècles, approvisionné au rythme des grandes marées, qui seules permettaient à des navires lourdement chargés en matériaux de parvenir au Mont.

Autre joyau, jouxtant le cloître, une vaste salle coiffée d’une voûte en châtaigner : le réfectoire, où les moines prenaient leur repas en silence. La descente permet de prendre la mesure des prouesses architecturales des bâtisseurs du XIIIe siècle : une enfilade de cryptes sert d’appui aux bâtiments qui les surmontent.

Parmi les surprises, la présence de cachots. Une survivance de l’histoire. Louis XI trouva idéal ce rocher isolé. Il y enferma ses adversaires politiques à partir de 1472. La « bastille des mers » reprit un service actif sous Napoléon en devenant le lieu de réclusion des condamnés aux travaux forcés. Ce sombre destin cessa sous Napoléon III, en 1863. L’abbaye est classée en 1874 et restaurée. Elle peut alors donner libre cours à sa vocation touristique.

Marées et sables mouvants

Faire un tour de la baie pour admirer la Merveille sous toutes les coutures s’impose. Raphaël, notre guide, nous demande de venir pieds nus et en short. Sage précaution. Dès que l’on quitte les grèves, près de la chapelle Saint-Aubert, il faut en effet franchir quelques étendues d’eau, avant de retrouver le sable. Nous marchons en direction de l’îlot de Tombelaine. « Du temps de la guerre de Cent ans, raconte Raphaël, l’îlot fut transformé en place forte par les Anglais. Pour faire tomber le Mont-Saint-Michel. Mais ils n’y parvinrent pas.  » L’honneur est sauf et le Mont peut bien se transformer en symbole de l’identité nationale. Tombelaine, lui, est devenu une réserve ornithologique et l’espace préféré de nidification des goélands.

Plus loin, les herbus colonisent l’espace au grand plaisir des moutons de pré-salé. Ces figures emblématiques de la baie se régalent de salicorne, d’obione ou de puccinellie maritime. Face à nous, le Mont en majesté, comme aux siècles passés, paraît flotter sur les eaux. « Il est temps de rentrer, la marée progresse », avertit Raphaël. Contrairement à la légende, la mer n’avance pas « à la vitesse d’un cheval au galop ». Selon les scientifiques, lors des plus amples marées d’équinoxe, la vitesse enregistrée n’a jamais dépassé les 8 km/heure, alors qu’un pur-sang peut atteindre les 60 km/h. N’empêche, il ne faut pas lambiner, d’autant que quelques écueils se présentent. « Attention aux sables mouvants !  », lance le guide. Pour achever de convaincre les incrédules, Raphaël repère une plaque de vase grisâtre et se met à bouger. Du coup, il s’enfonce au rythme de ses mouvements jusqu’à mi-cuisse. « Arrête, on te croit ! » Raphaël sourit, se fige et s’extirpe en douceur de la glaise, une jambe après l’autre. « Vous voyez, le danger est réel. La semaine dernière, un hélicoptère a dû sortir de l’eau un couple prisonnier des sables  »...

Pour se remettre de ses émotions, rien de tel qu’un passage à l’auberge de la mère Poulard. On y cuit au feu de bois, mais sans rien révéler des recettes secrètes, une savoureuse omelette nature ou relevée de parmesan ou encore flambée aux pommes caramélisées. Un régal ! Une tradition entretenue depuis 1888, année où Annette Poulard crée son auberge sur le rocher. La renommée de la mère Poulard et de ses descendants n’est plus à faire. Des personnalités célèbres, de Clémenceau à Hemingway en passant par Chou En-Lai, se sont assises à sa table. Fort de cette flatteuse réputation, le groupe tente aujourd’hui de faire fructifier la marque. Toute une gamme de biscuits (sablés, palets au citron, cookies, etc.) « mère Poulard », prennent notamment le relais. Des actions de mécénat sont également entreprises, comme la réfection du périscope local utilisé au XIXe siècle à des fins de topographie.
Nous empruntons le pont-passerelle dans l’autre sens en méditant sur l’avenir du bijou. Le Mont-Saint-Michel a bien retrouvé son écrin liquide, la carte postale a été restaurée, mais quid de l’efficacité des actions de désensablement de la baie ? Déjà, le processus naturel de sédimentation a repris, des bancs de sable se reforment de ci-de là au gré des courants. On se promet de revenir dans une décennie et vérifier que le Mont et ses merveilles ont bien su préserver leur nature insulaire.


Pratique
° Y aller. En 3h40 : TGV Paris-Rennes (2h20), puis transfert en autocar (ou en voiture de location).
° Y séjourner. Auberge de la mère Poulard. Grand Rue, Le Mont Saint-Michel - 50170. Tél : 02 33 89 68 68 www.groupe-mere-poulard.com
° Offrir. « Le Mont Saint-Michel. La traversée, le nouveau paysage. » Joli recueil de dessins et aquarelles de Jean-Paul Porchon, qui restituent les lumières changeantes de la baie et de son promontoire. (Auto-édition, avril 2016, 10 EUR). jp.porchon@orange.fr
° À lire : « Secrets de cuisinière. La mère Poulard » (Ed. Ouest-France, 15 EUR).
° Plus d’informations : www.ot-montsaintmichel.com


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Le 28 novembre 2016

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