Etats-Unis : la réforme de la santé en question

46 millions d’Américains ne bénéficient aujourd’hui d’aucune assurance-maladie. Barack Obama a fait de cette question un enjeu majeur de son mandat. Mais sa réforme de la santé soulève de vives oppositions de toutes parts. Le point sur la situation, alors que le sommet américain sur le système de santé se tient le 25 février à la Maison-Blanche. 


Obama au forum sur la santé de Las Vegas, en mars 2007-Center for American Progress Action Fund

Il existe actuellement deux dispositifs publics de couverture santé aux Etats-unis : Medicare, qui assure la prise en charge des plus de 65 ans, et Medicaid, dédié aux plus démunis. Ceux qui n’entrent pas dans le champ de ces dispositifs, soit 45 millions d’Américains, n’ont pas d’autre choix que de recourir aux assurances privées pour couvrir leurs dépenses de santé. De fait, une partie de la population, qui n’a pas les moyens de financer une assurance privée sans pourtant faire partie de la catégorie la plus pauvre, est inévitablement exclue du système, qui se révèle par ailleurs très coûteux. Selon l’OCDE, 17 % du PIB américain est en effet consacré aux dépenses de santé, alors que la moyenne mondiale s’établit à 9 %. Certaines projections prévoient même que ce taux atteindra 20 % du PIB américain dans les prochaines années.
 
La réforme proposée par Obama vise donc à la fois à réduire le poids des dépenses de santé des États-Unis, et à élargir la protection sociale à 95 % de la population. Comme l’indique l’universitaire Evelyne Thévenard, spécialiste des questions de protection sociale aux Etats-Unis, « les employeurs auraient l’obligation d’assurer leurs salariés ou sinon, de leur payer une compensation. Des subventions fédérales seraient versées à des milliers de familles disposant de faibles revenus afin de les aider à financer cette couverture santé, ainsi qu’à des petites entreprises pour les inciter à assurer leurs salariés. Concrètement, ces subventions proviendraient à 50 % d’économies réalisées en réformant le système actuel. Enfin, Medicaid s’appliquerait désormais à tous les Américains situés sous le seuil de pauvreté. »
 
Une réforme sérieusement compromise
 
Mais la réforme prend du retard, notamment à cause du fonctionnement des institutions américaines. Ainsi, alors que pour la première fois dans l’histoire des Etats-unis, le projet de réforme avait été voté à l’automne au Sénat, à la Chambre des Représentants et à la Commission de conciliation, l’élection du sénateur républicain Scott Brown, le 19 janvier dernier, a eu pour effet de bloquer le projet de réforme dans sa phase finale, en faisant perdre aux démocrates la majorité qualifiée. Comme l’explique Evelyne Thévenard, « les Républicains disposent maintenant des 41 voix nécessaires pour bloquer le processus législatif au Sénat, ce qu’ils feront très certainement car ils sont opposés à tout passage en force de cette législation. Sans compter que les lobbies de l’industrie de la santé sont très puissants. Ils financent bien souvent les campagnes des élus, sur lesquels ils exercent ensuite d’importantes pressions pour défendre leurs propres intérêts. Enfin, l’État est souvent perçu comme une menace par les Américains, qui se méfient de tout interventionnisme de sa part ».
 
Selon la journaliste Eleanore Clift (dans l’édition de Newsweek.com du 22/01), même si Obama a su tirer les leçons de l’échec de Clinton, dont les tentatives de réforme, en 1993, n’avaient pas passé la barrière législative, il n’en a pas moins commis un certain nombre d’erreurs. L’actuel président américain a notamment fait trop de concessions aux Républicains et a cédé trop de pouvoir au Congrès. Des sondages, publiés le 9 février, indiquaient en outre que seuls 36 % des Américains s’estimaient satisfaits des efforts déployés par Obama pour mener à bien la réforme de la santé (Sarah Cliff, blog Newsweek). De plus, les mesures visant à simplifier la réforme, présentées le 22 février dernier par la Secrétaire d’État à la santé, Kathleen Sebelius, n’ont convaincu ni l’opposition, ni les plus réticents des Démocrates. Le sommet sur le système de santé organisé le 25 févier apparait donc comme l’opération de la dernière chance pour Barack Obama. Si bien que les analystes du New-York Times estiment que les Démocrates doivent à tout prix parvenir à imposer leur réforme, qui constitue l’un des points-phares du programme présidentiel, s’ils veulent conserver leurs chances de remporter les élections législatives de mi-mandat, en novembre 2010.


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Le 24 février 2010

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