Etre assistant parlementaire

Ils sont les petites mains de la politique. Collaborateurs directs de nos députés et sénateurs, les assistants parlementaires œuvrent au quotidien loin des caméras. Le Magazine.info s’est rendu parmi eux et vous raconte les difficultés d’hommes et de femmes en mal de reconnaissance.


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Si un jour, vous devez rencontrer un assistant parlementaire, ne donnez pas son nom en premier au guichet de l’Assemblée nationale ou du Sénat. On vous répondra : « connaît pas ». Donnez d’abord le nom du député ou sénateur pour lequel il travaille. On vous comprendra mieux. De ces deux temples de la vie politique, l’assistant parlementaire n’en est qu’un rouage anonyme. « Nous sommes des ombres », constate amèrement Véronique, 44 ans, qui travaille au Sénat depuis une dizaine d’années. Pour elle, le prestige de l’hémicycle n’est qu’une façade : « Les gens disent que c’est beau ici, que c’est confortable, vous pensez que vous faîtes partie de la maison. Or, ce n’est pas vrai. Vous n’êtes qu’au service de votre parlementaire. » Autrement dit : condamné aux coulisses de la politique.

Sans statut

Secrétaire, attaché de presse, « nègre », l’assistant parlementaire est l’homme ou la femme à tout faire. Chaque jour, il y a la paperasse à trier, les coups de téléphone incessants, les rendez-vous, sans compter les amendements à écrire. Pour autant, la reconnaissance n’est guère au rendez-vous. « Vous pouvez étouffer des choses ou en faire avancer d’autres. Personne ne saura que c’est vous. Vous restez dans l’ombre », déclare Véronique.

Même obscurité pour ce qui est du recrutement. Ici, pas d’annonce d’emploi. Seule prime la « confiance » avec le parlementaire qui s’établit via les réseaux de connaissances. Certains élus emploient même des membres de leur famille ! Dans ces conditions, difficile de parler d’un véritable statut. « Ni les fonctionnaires, ni les parlementaires n’en veulent », explique Alain, 35 ans, qui travaille lui aussi au Sénat. « Ce travail est très particulier », poursuit-il, « votre statut est lié à celui de votre parlementaire. Quand il est battu, vous tombez ». Il faut alors batailler pour retrouver un élu ou bien partir. Une situation qui ne prête guère à faire carrière, d’autant que les salaires sont volontairement peu élevés.

« On avance plus en étant militant »

Les assistants parlementaires sont payés par des fonds privés alloués aux députés et sénateurs qui redistribuent à leur guise. S’il existe une prime d’ancienneté, les perspectives d’évolution sont quasi inexistantes. Les postes les plus prisés (auprès des présidents de groupe et des « stars » médiatisées) sont rares. Les assistants parlementaires qui font du « terrain » en province peuvent espérer gravir les échelons, mais globalement, ce n’est pas un bon tremplin pour entrer en politique. D’ailleurs, comme l’assure Olivia, « on avance plus en étant militant ». Devenue assistante parlementaire à 22 ans, après avoir fini Sciences Po, elle a quitté son minuscule bureau du 126 rue de l’Université - où travaillent les a. p. de l’Assemblée nationale - sans regret : « je n’en pouvais plus d’ouvrir le courrier chaque matin », confie-t-elle, un brin amusé.

« Vous resterez sur le carreau »

Derrière la boutade, elle dresse un tableau sévère de la profession : « au bout d’un an et demi, j’avais l’impression d’en avoir fait le tour ». Elle qualifie le métier de « pantouflard ». Un métier qui, selon elle, convient mieux aux mères de famille qui profitent des vacances parlementaires de deux mois, qu’à des jeunes diplômés ambitieux. Elle concède que « quand on est jeune, cela peut être une stratégie pour faire autre chose. Ce n’est pas vraiment une voie de garage. A 40, oui ». Un constat que confirme Véronique : « Si vous restez trop longtemps, ça se vend mal ailleurs ; surtout si vous êtes une femme, on pense que vous êtes une secrétaire. Je dis souvent aux jeunes : faîtes attention, sinon, vous resterez sur le carreau ».



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Le 9 novembre 2006

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