L’archipel perdu au milieu du pacifique nord se révèle, au-delà de son image ringardisée par quelques séries télé 70’s, l’un des plus beaux sites au monde…incontournable.

Crédit photo : Jean-François Guggenheim
Paris-Los Angeles, Los Angeles-Honolulu. 10 heures du soir 28 degrés. Une légère brise agite les palmiers d’un aéroport tout droit sorti d’une carte postale des années 60. Une limousine noire attend. Direction Waikiki, le quartier de bord de mer où les hôtels ont poussé dès les années cinquante tels des champignons. Ouvre tout juste le dernier d’entre eux, Waikiki Edition, conçu par Ian Shrager, ancien pape des nuits newyorkaises, créateur du concept boutique hôtel. Ballet de voitures de sport, quadrilles de starlettes. On se croirait à Miami, à Los Angeles aussi, à New York peut-être, au cœur de l’été. La voie lactée est impeccable, les filles jolies. Au-dessus d’une piscine ronde, sur grand écran, l’un des nanars hawaïens du King Presley se déroule. Chemises hawaïennes et ukulélé en prime. Au Crazy box, night club attenant, le DJ venu de la côte Est des US s’en donne à cœur joie. Christina Aguilera est sur la piste de dance… La nuit n’en finira pas là.
Des vagues de trente mètres de haut
Le lever du jour est exceptionnel, des rouges à n’en plus finir, des ocres et oranges d’une incroyable densité. La Ford Mustang décapotable file sur l’autoroute. Direction North Shore, le temple des surfers. Ils viennent du monde entier dès le mois de décembre à la rencontre de vagues monstrueuses. C’est le bruit qui surprend tout d’abord. Un grondement profond, légèrement inquiétant. Puis l’œil prend le relais et l’on découvre des masses d’eau de près de trente mètres de haut. Les petits bonshommes sur leur planche se glissent dans les tunnels d’eau translucide, réapparaissent, flirtent en équilibre sur l’écume. Sur la plage quelques naïades musclées et bronzées, des enfants aussi, jouent au volley, écoutent quelques anciennes ballades de Crosby Still& Nash. Un petit côté « Flower Power » plutôt sympa.
Retour à l’aéroport. L’archipel d’Hawaï compte cinq îles principales à plus ou moins une demi-heure d’avion les unes des autres. Maui est l’une d’entre elles. Verte de canne à sucre et de champs immenses d’ananas, couverte de montagnes escarpées. Sur la côte sud, les plages s’échelonnent, somptueuses, cernées de roches volcaniques, d’un noir profond. En deux petites heures de voiture, on passe du niveau de la mer à 3000 mètres d’altitude au cœur d’un parc de volcans surréaliste. Ici Spielberg a tourné Jurrassic Parc. Les randonneurs s’y promènent, y campent dans des décors époustouflants, se réveillent la nuit, vérifient qu’aucun dinosaure ne traîne dans le coin. Un peu plus bas, la jungle semble impénétrable, Jessica Lange y fut capturée par King Kong dans la version cinématographique de 1976.

Crédit photo : Jean-François Guggenheim
Lave et océan
On croit avoir tout vu, bluffé par cette nature incroyable. Un petit coup d’aéronef nous prouve le contraire alors que l’on atterrit sur Big Island. Un petit port de pêche où l’on déguste le crabe avec les pêcheurs locaux, goûte aux coquillages du Pacifique. Les deux cent cinquante chevaux d’un large hors- bord rugissent, alors que l’on quitte la côte. Une dizaine de dauphins suivent l’embarcation sur quelques milles marin, s’écartent un instant pour laisser passer deux tortues géantes. La nuit approche par l’Est. Le coucher de soleil n’en finit pas, on imagine un dieu Maui s’amusant avec Photoshop tant les lumières et couleurs sont incroyables. Puis la mer se met à bouillir, littéralement. Des monceaux de magma brûlant descendus de près de 4000 mètres du mont Mauna Loa s’enfoncent dans l’océan en une fumée dantesque. Sur la roche noire, la lave d’un rouge ardent coule, sans cesse depuis près de trente ans, s’enfoncent dans les abîmes sous nos yeux éberlués. On reste bouche bée, interloqué, la larme à l’œil, le poil dressé. Hawaï, ça décoiffe !



