Interview Pierre Magnan

Peu connu du grand public, Pierre Magnan n’en est pas moins l’auteur d’excellents romans policiers. On lui doit également La maison assassinée, dont Georges Lautner a réalisé une adaptation pour le grand écran avec Patrick Bruel. Ses récits invariablement situés dans les Basses-Alpes frappent par leur panthéisme mystérieux. Car Pierre Magnan est en définitive un poète qui sait percevoir la symphonie du monde qui l’entoure et la restituer dans une langue remarquable. Le Magazine.info s’est rendu à Forcalquier à l’occasion de la sortie de Chronique d’un château hanté, paru au printemps dernier chez Denoël.


Photo : Rodolphe Ayroles/Le Magazine.info

Le Magazine.info : Tous vos romans se déroulent dans les Basses-Alpes, où vous vivez. En quoi ce paysage provençal est-il nécessaire à votre créativité ?

Pierre Magnan : Il est indispensable. Je n’ai jamais cessé d’être heureux parce que je suis en phase avec la Nature. J’en fais partie. Lorsqu’on a le bonheur de savoir la contempler, plus rien ne vous touche. C’est la consolation éternelle. Mais cela s’accompagne inévitablement d’un détachement qui peut ressembler à de la sécheresse de cœur. On me reproche souvent de considérer un peu trop les choses du point de vue de Sirius.

Le Magazine.info : Qu’est-ce que cela signifie ?

Pierre Magnan : Adopter le point de vue de Sirius, c’est regarder les évènements de loin, de si loin qu’on n’a pas à prendre parti. Cela revient à considérer les hommes, la Terre et tout notre système solaire comme une chose secondaire. Je pense par ailleurs que l’Homme n’est pas complet, c’est-à-dire qu’il n’a pas encore atteint le sommet de son évolution. Partant de ce postulat, il devient difficile de juger quoi que ce soit.

Le Magazine.info : Vous avez annoncé la parution de Chronique d’un château hanté pendant une dizaine d’années. Pourquoi avez-vous mis tant de temps à le publier ?

Pierre Magnan : J’avais depuis longtemps le désir d’écrire l’histoire du château de Sauvan. Cependant il me manquait le nœud, c’est-à-dire ce qui permet de rassembler autour d’un sujet tout un ensemble d’évènements et d’existences échelonnés sur plusieurs siècles. Jusqu’à ce qu’un ami me mène devant un très vieux chêne âgé de 680 ans. C’est ce jour-là que s’est produit le déclic. Cet arbre, par sa longévité, allait servir de fil conducteur au récit.

Le Magazine.info : Vos lecteurs ont sans doute été heureux de retrouver dans cette histoire les personnages d’un de vos livres précédents, La folie Forcalquier. Mais ne craigniez-vous pas de dérouter ceux qui vous découvriraient avec ce livre-là ?

Pierre Magnan : J’ai placé une note au bas de la page où apparaissent pour la première fois ces personnages stipulant qu’il fallait avoir lu La folie Forcalquier. Ce n’est évidemment pas pour me faire de l’autopublicité. Je m’adresse simplement à un public qui m’a lu. Plus exactement, je m’adresse à un personnage qui est le lecteur, et ce lecteur est celui qui m’a lu.

J’avais naguère utilisé Sauvan comme cadre de l’intrigue de La folie Forcalquier. J’ai donc tout naturellement réemployé certains de ses protagonistes, comme l’herboriste égrillard. C’est un personnage qui m’obsède, calqué sur un individu réel qui m’impressionnait vivement lorsque j’étais enfant. Ce qui m’a intéressé ici, c’est de mettre en balance cet athée grivois et aphilosophe avec son désir de ramener à la foi la femme qu’il aime, afin d’adoucir ses derniers instants.

Le Magazine.info : Vous avez connu le succès grâce au roman policier. Pourquoi l’avez-vous abandonné ?

Pierre Magnan : Il faut revenir au contexte de l’époque. On baignait alors en plein nouveau roman. Les manuscrits que j’envoyais aux éditeurs me revenaient indubitablement avec cette appréciation : « Monsieur, vos histoires qui comportent un début, un milieu et une fin n’intéressent plus personne ». Bien sûr, on m’écrivait ça avec un peu plus de circonlocution. Mais je me suis aperçu un jour qu’il y avait tout de même une forme narrative qui exigeait cette structure : le roman policier. Voilà la raison pour laquelle je me suis mis à en écrire. C’était le seul moyen pour me faire connaître.

Le Magazine.info : Et aujourd’hui ?

Pierre Magnan : S’il n’y a plus d’enquête à proprement parler, il subsiste toujours la complicité du mystère, qui rejoint celui de chaque vie. Une chose me paraît évidente : dans chaque existence, que ce soit celle d’un individu ou d’un groupe, il y a quelque chose de mystérieux, ou plutôt d’illogique. Dans le destin de tout être se trouve quelque chose d’illogique qui forme le fond de son caractère et le mystère de sa vie. C’est avec ça que je m’amuse.

Propos recueillis par


Pierre Magnan, Chronique d’un château hanté, Denoël, Avril 2008, 427p, 22€


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Le 7 avril 2010

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