La Pâques rouge de Mélenchon

Une campagne présidentielle, c’est bien plus qu’une opération électorale. Cela remue jusqu’aux entrailles du pays. Candidats et citoyens, nous sommes tous embringués dans ce rituel républicain. Chaque moment fort réinvente des totems ou brise des tabous. Sous la plume de Samuel Martin, le Magazine.info vous propose de revenir chaque semaine sur cette Sacrée campagne !

La gare d’Austerlizt porte bien son nom ce matin. Car le candidat qui monte en première classe, suivi par quelques photographes, a déjà enregistré de nombreuses victoires. Dans le train qui file vers Vierzon, Jean-Luc Mélenchon me demande tout à coup : « C’est déjà la Semaine Sainte ? » Le candidat du Front de gauche n’est pas genre bigot, mais cet ancien enfant de chœur fêtait jadis Pâques. « Avant, pour les Rameaux, on prenait du buis… » Depuis, Mélenchon a troqué la résurrection contre la Révolution. Ses électeurs, cueillis dans le jardin de la gauche, ont remplacé les œufs en chocolat. 
 
Du côté du Roi

En théorie, je ne dispose que d’un quart d’heure d’entretien. Une autre journaliste de The Guardian attend déjà dans la file. Mais quand le candidat du Front de gauche ouvre la bouche, il a l’éternité devant lui. Sacré Mélenchon. Alors il remonte jusqu’à l’Antiquité. « J’ai choisi de me rattacher à un courant interrompu qui cherche l’autonomie du politique. Ce mouvement commence chez les Grecs : l’idée que le bon gouvernement pourrait venir d’un prince philosophe... » Mélenchon, amateur de rodéo, enfourche l’histoire de France : « Le débat sur la laïcité reprend avec la polémique entre le pape et Philippe le Bel. Celui qui commande au spirituel peut-il commander au temporel ? » Mélenchon anticlérical, sans doute, mais à l’occasion royaliste : « La laïcité rebondit avec les guerres de religion. Le parti monarchiste se pose contre l’absolutisme religieux. Je suis du côté du roi, celui de tous les sujets, catholiques et protestants. » Sacré Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon, cela rime avec Révolution. Depuis toujours ou presque. Dans un livre récent – Que doivent-ils à l’histoire ? – il confie : «  L’onde de choc de la Révolution de 1789 m’habite encore. » Il y fait l’éloge du jeune Saint-Just. « Il se porte sur le front avec ses trois plumes bleu, blanc, rouge sur la tête. Il faut s’imaginer la cible que cela représente, un type harnaché de cette manière.  » Lui, Mélenchon, est devenu la cible de ses camarades socialistes depuis qu’il a repris la Bastille.

Révolutionnaire !
 
A Vierzon, les militants attendent leur nouveau Robespierre qui enflamme les foules avec sa Révolution citoyenne. « Je ne joue pas au révolutionnaire, claironne le candidat, je suis révolutionnaire ! » Il y a quelques mois encore on le considérait comme un inoffensif agitant des drapeaux rouges devant les taureaux de l’UMP et du PS, un toréador bravache armé d’une simple pique pour dégonfler le FN. Aujourd’hui, Mélenchon se retrouve dans la cour des grands. Il roule des mécaniques en flirtant avec les 15% Il ne joue pas, il y croit.

Mélenchon croit au sens de l’Histoire. Devant plusieurs milliers de militants il en rajoute : « Le torrent révolutionnaire des Français est sorti de son lit ! Nous sommes de retour ! » Mélenchon prêche toutes les révolutions. Celle de 1789, bien sur, mais aussi toutes les autres, de la Russie au Venezuela. Dans le train, quelques heures plus tôt, il avait souligné avec délectation : « En Amérique du sud, tous les dirigeants actuels sont des enfants de la théologie de la libération ! Il n’y a pas un discours de Chavez où il n’invoque le ‘Christ commandant du peuple’ et autres sornettes de ce genre !  »

Mélenchon a ouvert la boîte de Pandore où sommeillait le « peuple  ». Un peuple qu’il prétend connaître : « Le peuple n’est pas une masse confuse tout juste capable de dire des bêtises » clame-t-il à la tribune. Il se fait lyrique : « Si l’Europe est un volcan, la France est son cratère révolutionnaire ! » L’ambiance est bon enfant à Vierzon. Des drapeaux, des chansons, de la bière : il y a comme un parfum du front populaire et de congés payés. C’est le temps des cerises… Mais, à la fin, Mélenchon s’énerve. 

« La Révolution n’est pas un dîner de bal » prévient-il avant de lancer un ultimatum à tous les « riches  », ennemis naturels du Front de gauche. « Cédez de plein gré sinon ce sera par la force  » On sent l’odeur de la poudre, on entend déjà le bruit du canon… Après tout, Mélenchon est cohérent avec lui-même. Il ne joue pas à la Révolution, il veut bel et bien la faire. 

 



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Le 9 avril 2012

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