La première gorgée de Prague

La capitale tchèque se déguste à la manière de la bière nationale, la Pilsner. Lentement, pour prendre toute la mesure de son extraordinaire patrimoine architectural. Avec une touche d’amertume en bouche, lorsque parviennent les effluves du passé.


Une vue du Château de Prague - Emmanuel Gabey

Une déambulation dans un musée à ciel ouvert. C’est le sentiment que donne une balade à Prague, le temps d’un week-end. Il faut parfois jouer des coudes, tant sont nombreux les touristes venus du monde entier qui arpentent le pont Charles, symbole de la capitale. Bordé de dizaines de statues, il est déjà à lui seul une vraie galerie d’art et d’histoire.

Les rues des quartiers avoisinants livrent un étonnant foisonnement d’architectures. Tous les styles se mêlent avec maestria : cathédrale gothique, immeubles fleurons de l’art nouveau, café cubiste du sol au plafond, palais à la façade Renaissance, etc. Et pour ajouter un grain de folie à cette exubérance créatrice, engouffrez-vous dans les passages secrets du centre-ville : vous tomberez bientôt en arrêt face aux sculptures déjantées de David Cerny, comme celle du célèbre cheval à l’envers.

La maison qui danse

Au sortir du pont Charles, on peut aussi se laisser glisser le long de la rivière Vltava, qui serpente majestueusement dans la ville, jusqu’à cette incroyable Maison dansante, œuvre de l’architecte américain Franck Ghery. Composée de deux édifices mêlés tels des danseurs, elle est surnommée « Ginger et Fred » en référence à Ginger Rogers et Fred Astaire. Au sommet de l’édifice est juché un restaurant où l’on peut dîner et écouter un concert tout en jetant un coup d’œil aux rues animées en contrebas. 

En surplomb de la capitale trône « le Château » : une enceinte réputée être, selon le Guiness book, la plus vaste résidence d’un chef d’État : elle s’étend sur 4 hectares. Au pied de la cathédrale Saint-Guy et de sa vertigineuse flèche de 82 mètres de haut, on assiste dans la cour royale à la rituelle relève de la garde. Au pied du Château, on découvre avec émotion la ruelle d’Or et ses mini boutiques, où Franz Kafka vécut quelque temps. 

Mémoires de l’histoire

Il faut également passer un moment dans l’ancien quartier juif de Josefov. Le musée et le grand cimetière rappellent le temps du ghetto : 80 000 Juifs vivaient là pendant la Seconde guerre mondiale. Ils furent presque tous déportés. À proximité, la plus spectaculaire des nombreuses synagogues, « l’espagnole » laisse admirer son style mauresque.

En plein centre-ville, non loin de l’imposante statue équestre de Saint Venceslas, patron de la Bohême, une modeste stèle posée à même le sol rend hommage à Jan Palach et Jan Zajic, deux étudiants qui se sont immolés par le feu, en janvier et février 1969, pour protester contre l’occupation soviétique et la répression du « Printemps de Prague ». Le succès de la « révolution de velours » en 1989 a ouvert une nouvelle ère. Un musée du communisme dans l’avenue Na Prikope évoque le rêve, la réalité et le cauchemar communistes. Célébration en affiches d’Emil Zatopek, « le plus grand héros du sport socialiste » (3 médailles d’or aux Jeux olympiques d’Helsinki en 1952) et reconstitution des sordides salles d’interrogatoire où la police secrète « cuisinait » les dissidents.

Au paradis de la bière

Après ces rudes souvenirs, offrez-vous le plaisir de savourer l’« or mousseux », le temps d’une escapade à Pilsen, à moins d’une heure de route de Prague. La 4e ville du pays est aussi la cité historique de la bière. En visitant le musée Pilsner, on apprend qu’une révolte des consommateurs réclamant une bière de qualité, en 1838 – bien avant la création de l’UFC Que Choisir ! – est à l’origine de l’actuel savoir-faire. Dès 1842 en effet, le brasseur Joseph Groll met au point la technique de la triple décoction : les principaux ingrédients – l’eau pure des nappes souterraines, l’orge et le houblon – sont chauffés à trois reprises pour livrer un breuvage blond à la subtile amertume. Les Tchèques lui rendent toujours hommage dans les tavernes ou beergarden en plein air, ingurgitant force pintes. Fiers d’être détenteurs du record mondial : 160 litres de bière par habitant et par an. « Na zdravi !’ (À votre santé !). « C’est un bonheur amer. On boit pour oublier la première gorgée », écrivait Philippe Delerm dans son petit livre fameux, « La première gorgée de bière ». Rien de tel à Prague : on se ressert une Pilsner pour se souvenir de sa première et mémorable visite de l’enchanteresse capitale tchèque !  


Pratique

° Y aller : Une heure et demi de vol depuis Paris. Plusieurs vols quotidiens avec la compagnie nationale tchèque, CSA, ou par Air France.

° Formalités : carte d’identité.

° Office de tourisme tchèque : 18, rue Bonaparte, 75006 Paris Tel : 01 53 73 00 32 www.czechtourism.com

° Monnaie : la couronne tchèque. 1 € = environ 25 couronnes. Réseau dense de distributeurs automatiques.

° Un hôtel : le Yasmin. Décoration très étudiée, avec comme fil rouge la fleur de jasmin, dessinée jusque sur la moquette. Une sortie sur la place Venceslas. www.hotel-yasmin.cz

° Un restaurant : le Kolkovna. Plats traditionnels tchèques dans une ambiance typique. http://kolkona.cz

° Plus d’infos sur la Pilsner Urquell : www.bieresdeurope.com

° Guides : Le Cartoville (Gallimard) et Le Petit Futé Prague.


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Le 7 juillet

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