La tour de la Défense

Après le succès rencontré au printemps 2005, la Tour de la Défense se joue à nouveau à la MC 93 de Bobigny, jusqu’au 17 décembre. Descente sans filet dans l’enfer de la modernité.


Crédit photo : Pascal Victor.

Cela se passe en haut d’une tour de la Défense, un soir de réveillon, le 31 décembre 1977. Ils sont cinq. Il y a Jean et Luc, un couple d’homosexuels en bout de course ; Daphné, jeune bourgeoise sous acide qui n’a pas touché terre depuis une semaine ; Ahmed, beau maghrébin sans attache, ouvert à tous et à toutes, et Micheline, travesti mythomane. Cinq solitudes, cinq êtres aux défenses artificielles, des âmes creuses qui remplacent leur vide intérieur par une folle exubérance. D’avance, la fête est gâchée et délirante. Sexe, alcool, drogue, et rôti de serpent farci au rat. Jusqu’à ce que la mort définitive d’un reste d’innocence s’invite à cette soirée sordide.

"Les portes du néant"

Ecrite par Copi en 1978, La tour de la Défense « ouvre les portes du néant », comme le dit Marcial Di Fonzo Bo, auteur d’une mise en scène remarquable, où le drame psychologique s’appuie sur les ressorts du vaudeville et de la comédie de porte. C’est d’humour noir dont il s’agit ici, celui qui permet de « jouer avec les limites de l’acceptable » et de parler avec brio « d’une communauté d’hommes modernes égarés ». Lorsque la tension devient trop forte et que l’insupportable pointe son nez, Di Fonzo Bo joue les marionnettistes et laisse les personnages reprendre leur souffle pour s’étourdir de débauche. Dans cette comédie exploratoire de la misère humaine, l’investissement des comédiens est aussi total que sincère. Et pour une fois, la nudité des corps n’est pas un artifice compensant le manque d’imagination ou de talent. En particulier, Marina Foïs compose une Daphné hallucinée, aussi décalée qu’effroyable, qui avouera entre deux bouffées d’acide le dégoût que lui inspire sa petite fille. C’est une pièce où le macabre entre en lutte avec le désir de vie, et où la fraîcheur de l’enfance devient un miroir insupportable pour des adultes immatures, incapables de gérer leurs émotions, leur angoisse du monde et leur peur d’eux-mêmes.

Au centre de l’arène

Di Fonzo Bo a repris la disposition bi-frontale du printemps 2005. L’appartement reconstitué au style de la fin des années 70 - la très belle décoration de Vincent Saulier est à saluer - devient le centre d’une arène où se pressent les spectateurs, dans la grande salle Oleg Efremov de Bobigny réaménagée pour l’occasion. Peut-être s’agit-il d’ailleurs de la seule fausse note de cette reprise ? Un grand espace convient moins à la dimension intimiste du drame qui se joue devant les yeux du public. Pour autant, les spectateurs jouissent d’une vue globale sur l’appartement, à travers de larges baies vitrées, comme s’il s’agissait d’un bocal, ou...d’une maison de poupée pervertie par des adultes, sortes d’enfants perdus dans un monde devenu trop vaste pour eux.


La tour de la Défense

De Copi

Mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo

Avec Jean-François Auguste, Marcial Di Fonzo Bo, Marina Foïs, Mickaël Gaspar, Pierre Maillet, Clément Sibony.

A la MC 93 de Bobigny

Jusqu’au 17 décembre 2006

Réservation : 01 41 60 72 72 ou www.mc93.com


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Le 11 décembre 2006

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