Le Gers fête les 700 ans de l’Armagnac

Pas de contestation possible : l’Armagnac est l’eau-de-vie la plus ancienne de France. Les Gascons en ont trouvé la preuve… au Vatican ! Récit et balade dans un département où le bonheur est dans le verre autant que dans le pré.


Le chai du château de Cassaigne - DW

Il s’appelle Maître Vital Dufour et, en Gascogne, il est en passe de devenir en 2010 aussi célèbre que d’Artagnan. Prieur d’Eauze (prononcez Éauze) au XIe siècle, cet homme d’église, érudit et passionné de médecine, a rédigé en 1310 un traité intitulé « De Maître Vital Dufour, Livre très utile pour conserver la santé et rester en bonne forme ». L’ouvrage énumère quarante vertus d’un alcool appelé alors « Aygue Ardente » (eau revigorante !), ancêtre de l’Armagnac. « Elle guérit la goutte, les chancres, les fistules…, elle rend l’homme joyeux au-dessus de tout, elle délie les langues et donne de l’audace aux timides… » Depuis 1531, ce précieux document était conservé aux Archives du Vatican.

En mars dernier, une délégation inhabituelle se présente aux portes du couvent de la Trinité-des-Monts, sur la colline du Pincio, à Rome. Les délégués de l’Interprofessionnelle de l’Armagnac viennent récupérer un fac simile du texte de Maître Vital Dufour, retrouvé par les archivistes du Vatican parmi les quelque 1,6 million de manuscrits que recèle la bibliothèque locale.

Les fêtes du 700ème anniversaire pouvaient commencer. Elles se dérouleront tout au long de l’année et pas seulement dans le Sud-ouest. Des événements sont prévus à Londres, Chicago, Moscou. La Chine et l’Australie sont aussi ciblées. Il faut dire qu’avec une production de 6 millions de bouteilles – contre tout de même 163 millions de bouteilles pour le Cognac, et 1,6 milliard pour le whisky – l’Armagnac peut partir à la conquête du monde.

Suivre la voie des barriques

Retour à Condom, la capitale de l’Armagnac gersois, avec Eauze et Nogaro. L’Armagnac est en effet une appellation d’origine contrôlée (AOC), produite dans trois terroirs principaux (Bas-Armagnac, Haut-Armagnac et Tenarèze), à cheval sur trois départements (le Gers, les Landes et le Lot-et-Garonne). C’est donc à Condom que se trouve le musée de l’Armagnac – dans les anciens communs de l’évêché – juste à côté de l’impressionnante cathédrale Saint-Pierre qui domine la ville.

La pièce maîtresse du musée est un pressoir « à taissons » de 18 tonnes. Mais le plus intéressant, ce sont sans doute ces outils rassemblés pour faciliter les soins de la vigne selon les époques. Un atelier de tonnelier a été reconstitué. On peut aussi admirer, sous une magnifique charpente en châtaigner, toutes sortes d’œnophores, de bouteilles et de pichets ainsi, bien sûr, que de nombreux alambics.

À Condom, les chaix étaient regroupés dans la ville haute. Il était alors facile de faire rouler les barriques vers la Baïse toute proche pour y embarquer la précieuse eau-de-vie vers Bordeaux. Seule voie navigable du Gers, jalonnée d’écluses construites au XVIIIe siècle en pierre de taille, la Baïse reprend vie aujourd’hui grâce au tourisme fluvial.

Vous pouvez embarquer au port de Condom pour gagner Valence-sur-Baïse, 10 kms plus loin. Au rythme tranquille du bateau – 6 km/h -, les paysages gersois tout en charme et en douceur s’offrent à vous. Escorté par les haies de frênes, de chênes et d’acacias, vous allez découvrir à l’arrivée l’une des merveilles du Gers : l’abbaye de Flaran.

Abbayes et places fortes

Fondée en 1151, l’abbaye est l’une des mieux préservées du Sud-ouest. Les bâtiments monastiques et les jardins sont l’illustration la plus harmonieuse d’un ensemble cistercien du XIIe siècle. Le site a été racheté en 1972 par le département du Gers qui depuis y réalise régulièrement des travaux de restauration. Après la réfection architecturale du dortoir des moines, la première exposition thématique de la collection Simonow a été inaugurée en 2009. Son thème : les portraits. On peut y admirer jusqu’en décembre 2010 des œuvres de Bonnard, Braque, Soutine, Picasso…

À quelques kilomètres de Flaran, ne manquez pas la visite de Larressingle, la plus petite place forte de France (3 habitants l’hiver, 200 l’été) et son étonnante histoire. Érigée au XIIIe siècle, imprenable, la forteresse a été peu à peu délaissée par ses habitants, enfouie sous les ronciers jusqu’au début du XXe siècle. Le duc de Trévise en tombe amoureux, mais n’a pas les moyens de la restaurer. Parti aux États-Unis, il convainc des mécènes de Boston. C’est cette association américaine qui sauvera Larressingle !

Aujourd’hui, le village fortifié a un charme fou. En contrebas, un mini parc d’attractions qui présente les machines de guerre du Moyen Âge enchantera les enfants. Si vous visitez l’église romane au centre du village, vous constaterez que son saint patron, Sigismond, ressemble méchamment à… Vercingétorix. Une erreur du sculpteur ! Excès d’armagnac ? Les Gersois ne s’en offusquent guère. Avec ses trois cents kilomètres de chemins vers Saint-Jacques de Compostelle (chemins d’Arles, du Puy et deux variantes), le Gers est le principal département « jacquaire » de France. Rien de tel que quelques kilomètres de pèlerinage pour se dégriser !


Pratique

- Sur l’Armagnac : www.armagnac.fr

- Sur le Gers : www.tourisme-gers.com

- Sur la Baïse (tourisme fluvial) : www.gascogne-navigation.com

- Manger à Condom : La Table des Cordeliers (www.latabledescordeliers.fr), l’une des meilleures et des plus originales tables du Gers.


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Le 12 juin

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