Le Roi Lear

Après son succès à la fois public et critique rencontré la saison dernière, Le Roi Lear, mis en scène par André Engel, avec Michel Piccoli dans le rôle-titre, se joue à nouveau aux ateliers Berthier, la seconde salle du théâtre de l’Odéon. A voir jusqu’au 24 février


©Marc Vanappelghem/Odéon-Théâtre de l’Europe

Un point doit être affirmé d’emblée : l’ingénieuse mise en scène d’André Hegel aux ateliers Berthier du théâtre de l’Odéon relève du grand spectacle, à deux doigt de la super-production, avec vedettes, explosions, coups de feu et des décors dignes d’un plateau de cinéma. Quoi de mieux, donc, que de confier le rôle-titre à Michel Piccoli, qui excelle sur une scène comme devant une caméra ? L’âge ne semble pas avoir de prise sur le comédien, au sommet d’un art dont il maîtrise tous les raffinements, faisant de la force et de la brutalité les compagnes de la démence comme de la majesté.

Histoire d’une folie

Lear, c’est avant tout l’histoire d’une folie, celle d’un roi qui croit en sa propre puissance, au-delà de toute mesure. C’est l’histoire d’un saccage, d’une confusion, d’une plongée dans l’abîme. Il n’est d’ailleurs pas besoin d’être un roi pour incarner cela ; être un homme suffit amplement. Voilà peut-être pourquoi Engel a choisi de faire de Lear non pas un monarque, mais un riche industriel qui décide de partager son empire marchand entre ses trois filles, selon la grandeur de l’amour qu’elles vouent à celui qui entend rester leur souverain et maître ? Régane et Goneril, les deux aînées, cèdent à la cupidité et l’arrogance : elles emporteront le gain ! Cordelia, la préférée, se présente à son père en parlant avec simplicité de son amour pour lui, évoquant ce qui est donné plutôt que ce qui est dû. Décontenancé, se sentant outragé, Lear déshérite la fille aimée, cède le pouvoir et l’argent aux aînées, avant de bannir le fidèle Kent, qui osa s’étonner. Sûr de sa puissance, ne conservant que son titre et une escorte de 100 hommes, Lear aborde une retraite orageuse, entendant séjourner alternativement dans les demeures de ses héritières. La rupture brutale d’avec cet univers ordonné mènera Lear hors des frontières du monde, jusqu’aux portes de la mort et de la folie, là où tout n’est que violence, effroi et résignation.


©Marc Vanappelghem/Odéon-Théâtre de l’Europe

C’est donc un monde empli de fracas qu’Engel présente aux spectateurs, dans un décor évoquant la friche industrielle autant que les sombres demeures d’une mafia gangreneuse. (La scénographie de Nicky Rieti, tout en finesse et en précision, mérite à elle seule les applaudissements). Plein d’une rage destructrice, Piccoli fait peur. C’est un roi déchu qui s’agite sous nos yeux, au milieu d’une troupe de comédiens excellents. Il y a là de la fureur et du bruit, des coups de feu et des jets de sang, tandis que les destins s’affrontent et s’effritent, comme dans un spectacle total, où tout serait parfait du début à la fin. Trop parfait pourront dire certains, car si l’intensité de ce qui se joue sur scène ne saurait être niée, la mécanique très bien huilée de cette version raccourcie du drame shakespearien (2 heures 40 tout de même) semble laisser parfois une moindre place à sa complexité. Les puristes pourront s’en offusquer ; les autres ne verront là que la confirmation du succès de l’an passé, tout en goûtant les tentatives espiègles de la traduction proposée par Jean-Michel Déprats.


Le Roi Lear, de William Shakespeare, mise en scène d’André Engel, texte français de Jean-Michel Déprats, dramaturgie de Dominique Muller… Avec Nicolas Bonnefoy, Thierry Bosc, Jean-Michel Cannone, Philippe Demarle, Gérard Desarthe, Jean-Paul Farré, Jérôme Kirher, Gilles Kneusé, Arnaud Lechien, Lucien Marchal, Lisa Martino, Julie-Marie Parmentier, Michel Piccoli, Anne Sée, Gérard Watkins… Théâtre de l’Odéon/Ateliers Berthier, jusqu’au 24 février à 20h, le dimanche à 15h. 01 44 85 40 40 - 26 €


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Le 20 janvier 2007

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