Les ONG à la barre.

L’affaire de l’arche de Zoé relance la question des dérives de l’aide humanitaire. Pédophilie, viols, camps de réfugiés transformés en bordel par des émissaires de la paix bourrés de dollars, autant de scandales qui secouent régulièrement le monde des ONG.
 
 

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Un scandale qui ravive des souvenirs : en 2002, un rapport du HCR et de l’ONG Save the children dénonçait déjà 67 associatifs, échangeant, en Afrique de l’Ouest, aide humanitaire contre faveurs sexuelles. Le Secrétaire général de l’ONU de l’époque, Kofi Annan, avait alors annoncé une tolérance zéro en la matière. Tous ne semblent pas avoir compris. Mais, sans minimiser la monstruosité des faits, ces scandales, exceptionnels, occultent les véritables dysfonctionnements du monde humanitaire. Insidieusement, dérives mercantiles et manipulations politiques écornent l’image des messagers de la paix.
 
Fausses ONG
 
Depuis deux décennies, le nombre des organisations non gouvernementales explose. Et dans ce foisonnement coexistent le meilleur et le pire. On y rencontre des individus avides d’argent ou défendant les intérêts particuliers d’une ethnie, des politiques soucieux de bénéficier des avantages du statut d’ONG pour mener campagne. Plusieurs organisations caritatives jouent aussi un rôle essentiel dans la diffusion du radicalisme religieux : ONG américaines aux sigles religieux explicites et ONG musulmanes servant de relais et de couverture à des réseaux terroristes se partagent aujourd’hui le continent africain.
 
L’humanitaire, qui draine des ressources colossales, sert donc parfois des causes bien peu charitables. L’absence de critères internationaux reconnus facilitent ces abus : l’ONU surveille peu les 3000 ONG qu’elle accrédite. Un contrôle qui revient alors aux gouvernements : la Tanzanie a récemment condamné les "ONG de pacotille", canalisant les fonds publics à des fins privées, ethniques, ou religieuses. Le Cameroun, l’Afrique du sud ont, eux, promulgué des lois visant à s’assurer de la sincérité des ONG. Objectifs et pratiques de l’immense majorité des humanitaires sont heureusement plus honorables. Tous ou presque se fixent des codes éthiques. Ce qui ne les affranchit pas de toutes critiques.
 

Dilemme politique et dérives mercantiles

 
Parce que les ONG prennent en charge les conséquences de toutes les formes de violence, elles sont intrinsèquement politisées. Le temps de la neutralité est révolu et les ONG, doublement responsables devant victimes et donateurs, témoignent et s’engagent. Mais chaque prise de position politique comporte une menace d’instrumentalisation. Si le silence peut être assimilé à un soutien, la dénonciation peut provoquer l’expulsion. Un choix cornélien, au regard des sommes manipulées par les humanitaires, qui rend parfois les victimes plus vulnérables encore ou contribue à faire durer le conflit. Et peu d’alternatives, tant il semble difficile d’abandonner les victimes pour tarir l’économie de guerre. Ainsi la famine du Biafra en 1969 fut entretenue par la rébellion pour attirer la sympathie sur sa cause. En 1985, le pouvoir éthiopien absorba l’aide humanitaire pour déplacer des villages entiers dans le cadre de sa politique démographique. Et le HCR est coutumier des camps de réfugiés convertis en base de recrutement de soldats.
 
Les Etats eux-mêmes manipulent souvent leurs ONG nationales qu’ils considèrent comme des outils diplomatiques, d’autant qu’ils les financent. Les fonds accordés correspondent toujours à des choix politiques : l’Europe subventionne largement les ONG intervenant à Cuba, toute relation officielle étant rendue difficile par l’embargo. Les ONG USaid ou Care Canada ont d’ailleurs choisi la collaboration officielle avec leurs gouvernements pour lesquels elles travaillent, entre autre, dans le renseignement.
 
Les entreprises, enfin, voient dans les ONG un outil de communication efficace et tissent avec elles des liens de sponsoring. De fait, les ONG deviennent des outils de pouvoir. A charge des ONG de s’assurer de ne pas devenir le premier prestataire à l’étranger de son sponsor ! 
 
Coincées entre les intérêts politiques, géopolitiques et commerciaux, la charité devient donc de plus en plus sélective. Les critères financiers sont prioritaires sur les nécessités humanitaires et les subventions se portent vers les crises médiatisées plus que sur les crises particulièrement dramatiques mais méconnues du public. Dans ces conditions, réel est le risque que le sauvetage d’une vie aujourd’hui se solde par la perte de deux demain !


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Le 30 octobre 2007

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