Les aciéries Krupp embrasent la Comédie Française

Les masques tombent, les trahisons et les morts éclaboussent. Adaptation saignante des "Damnés" de Visconti.


Juste le scénario du film, rien d’autre. C’est comme ça que le metteur en scène belge Ivo Van Hove a gardé les mains libres pour monter "Les Damnés". Et sa mise en scène est fluide, spectaculaire (par l’utilisation de la vidéo) et au plus proche des comédiens. On en ressort KO.

Pacte avec le diable

L’histoire écrite par Visconti est une escalade théâtrale sans pitié, shakespearienne, où le destin d’une des plus grandes familles industrielle allemande croise l’irrésistible ascension du nazisme. Au sein du clan, les sympathisants nazi sont très minoritaires, mais ils vont faire tomber les sceptiques, les uns après les autres, les trahissant, les poussant à la fuite, les piégeant, les assassinant. Jusqu’aux plus jeunes, ils pactisent avec le diable, se croyant plus malins. Pour marquer l’horreur de ces disparitions, une caméra les montre dans leur cercueil où ils agonisent jusqu’à leur dernier souffle. Glaçant.

Plancher couleur feu

Les héritiers, frère, soeur, fils, cousin, s’affrontent, sur fond de réarmement militaire clandestin, (nous sommes en 1933) chacun jouant la prudence et la duplicité, jusqu’à être acculé. Le Reichstag vient d’être incendié, les livres "anti-allemands" brûlés. Maintenant, soit vous être pour le régime en place, soit vous être contre. Le plancher, couleur feu, embrase la salle Richelieu jusqu’au plafond.

Conception extrême de l’amour maternel

Pièce centrale dans ce puzzle politico-industriel, Sophie von Essenbeck (belle Elsa Lepoivre). Avec son amant, l’odieux Bruckman (Guillaume Gallienne méconnaissable), elle fait entrer le loup nazi dans la bergerie, croyant tirer les ficelles, tout comme le veule baron Konstantin (Denis Podalydès, surprenant en SA décadent). Elle affronte son propre fils (Christophe Montenez, dans le rôle tenu par Helmut Berger dans le film), qui a une conception très extrême de l’amour maternel. Jusqu’au retournement final, avec goudron et plumes.

Aucune fausse note dans cette descente aux enfers, les longueurs sont gommées par quelques électrochocs sonores ou lumieux bien sentis. Vous aussi, vous serez fasciné par l’horreur.


Les Damnés
Comédie Française, salle Richelieu
jusqu’au 10 décembre 2017

De
Nicola Badalucco, Enrico Medioli, Luchino Visconti
Mise en scène
Ivo van Hove
Avec
Basil Alaïmalaïs, Sébastien Baulain, Sylvia Bergé, Loïc Corbery, Jennifer Decker, Adeline d’Hermy, Guillaume Gallienne, Thomas Gendronneau, Eric Génovèse, Ghislain Grellier, Clément Hervieu-Léger, Elsa Lepoivre, Oscar Lesage, Christophe Montenez, Alexandre Pavloff, Denis Podalydès, Didier Sandre, Stephen Tordo, Tom Wozniczka
Attention : certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes.?Molière 2017 : Meilleur spectacle de Théâtre public / Meilleure Création visuelle / Meilleure Comédienne dans un spectacle de Théâtre public : Elsa Lepoivre

Crédit photo aJan Versweyveld CF


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Le 12 novembre

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