« Les squats artistiques répondent à un besoin citoyen »

Décloisonner les lieux autant que les idées reçues. Tel est le mot d’ordre du Festival des Ouvertures Utiles (FOU), dont la quatrième édition se tient du 20 au 29 novembre dans différents squats artistiques de la capitale et de la proche banlieue. Autour d’animations culturelles, festives et conviviales, de nombreux artistes vous invitent à pousser les portes de ces formidables viviers de création. A cette occasion, Delphine Terlizzi, co-fondatrice du squat de la Petite Rockette et Martin Bobel du réseau Intersquat reviennent, pour LeMagazine.info, sur les enjeux de ce festival et sur l’expérience des squats artistiques.


Crédit photo : Sarah Goliard


LeMagazine.info : Comment est née l’idée du festival FOU ?

Delphine Terlizzi : J’ai lancé l’idée du festival en mars 2008 alors que nous étions tous en danger en cette période de trêve hivernale. A ma grande surprise, j’ai reçu une quarantaine de réponses positives de squats prêts à se lancer dans l’aventure. La première édition du festival s’est montée en six semaines et cela a très bien marché. Cet évènement semestriel est une occasion de nous rencontrer et d’alimenter nos débats. Mais c’est aussi une façon de montrer au public ce que l’on est capable de faire. Les choses évoluent au fil des éditions. Lors du troisième FOU, nous avions mis en place des forums afin que le public puisse venir discuter avec nous des problématiques auxquelles sont confrontés les squatteurs. Cette année, nous avons souhaité nous ouvrir davantage vers l’international suite à l’expérience du festival Intersquat de Rome qui s’est tenu en octobre dernier. Nous projetons également de monter un autre Intersquat à Rennes et il est prévu que nous allions à Berlin l’année prochaine.

LeMagazine.info : Cela signifie-t-il qu’un réseau européen des lieux de création alternatifs et autogérés est en train de se tisser ?

Delphine Terlizzi : Nous tentons en effet de développer ce réseau au niveau national et international, même s’il est aujourd’hui encore au stade embryonnaire. Il devient urgent de se réunir pour faire l’état des lieux de ce qui se passe à droite et à gauche et de trouver des solutions. La situation du logement et la flambée des prix concernent toutes les grandes villes d’Europe. Nous souhaitons également proposer à la Commission européenne d’ouvrir une réflexion et de statuer sur les problèmes des squats autrement que de manière répressive. Il ne s’agit pas de tout harmoniser, car chaque pays fonctionne différemment, mais de faire marcher le principe de réquisition en confiant des locaux, le temps où ils restent vacants, à des collectifs et des associations en attendant que des travaux soient entrepris.

LeMagazine.info : A quels besoins répondent les squats artistiques aujourd’hui ?

Delphine Terlizzi : A celui du logement tout d’abord. Même si certains vivent en squat par aspiration, cela relève pour la majorité des personnes d’une nécessité, le temps de rebondir et de retrouver du boulot ou un logement stable. Mais les squats d’artistes répondent aussi à un besoin citoyen. Aujourd’hui, énormément d’associations ne peuvent pas avancer sur leurs projets parce qu’elles n’ont pas de locaux pour le faire. Au squat de la Petite Rockette, nous recevons près de 500 propositions de projets par an : des cours d’escalade, de graffitis, des soirées associatives de soutien, etc.

Martin Bobel : Il y a aussi une recherche d’espaces de rencontres et d’échange de vie où se rencontrer , en particulier dans des lieux de mixité et d’ouverture.

LeMagazine.info : De quelle manière les squats d’artistes s’ouvrent-ils sur la ville ?


Delphine Terlizzi : C’est très variable. Il y a des lieux qui sont volontairement fermés, mais les squats sont de plus en plus ouverts au public. L’idée de rentrer dans un squat fait encore peur aujourd’hui. Mais quand les gens voient ce qu’il s’y passe, ils changent d’avis. D’où la nécessité de s’ouvrir. A la Petite Rockette, seuls 20 % du bâtiment sont utilisés pour le logement. Le reste est consacré au public et la porte n’est jamais fermée.


Delphine Terlizzi et Martin Bobel - Photo : Elodie Hameau


LeMagazine.info : Le squat introduit-il une démarche artistique particulière ?

Delphine Terlizzi  : Oui, car l’artiste va forcément être influencé par son environnement. Celui qui s’installe en squat travaille avec de l’existant. Il compose avec le bâtiment et doit puiser une force d’adaptabilité très forte. En général, les artistes fonctionnent en ateliers collectifs car le manque de place existe même au sein des squats. La démarche est donc différente de celle des ateliers individuels et d’un travail solitaire.

Martin Bobel : L’ouverture d’un lieu génère des initiatives personnelles et une énergie très forte que l’on exploite. Organiser un festival comme le FOU en six semaines à peine, cela n’existe nulle part ailleurs !

LeMagazine.info : La situation des squats artistiques à Paris a-t-elle évolué ces dernières années ?

Delphine Terlizzi : Cela a énormément évolué. Il y a 10 ans, donner un bâtiment à des artistes de rue n’était pas la préoccupation de la mairie de Paris. L’arrivée de Bertrand Delanoë a changé un peu la donne. Énormément de petites conventions d’occupation ont été signées. Nous sommes régulièrement reçus à la mairie et nous avons des interlocuteurs, ce qui n’était pas le cas avant. Le logement est la seule chose qui n’ait pas évolué. Aujourd’hui, toutes les conventions qui ont été signées avec les squats d’artistes ne sont que des conventions pour travailler. Rien n’a jamais été signé pour le logement des artistes, ce qui protège la mairie dans le cas d’une éventuelle expulsion.

LeMagazine.info : Dans quelle mesure les squats artistiques questionnent-ils la place de l’artiste dans la société ?


Delphine Terlizzi : On parle beaucoup d’éducation et de culture populaire aujourd’hui. Mais personne n’a jamais réussi à le faire vraiment. Beaucoup de villes ne mettent en valeur que des artistes connus ou étrangers et ne donnent pas leur chance à de nouvelles compagnies ou à des artistes peu connus. Le manque de lieux de travail est également problématique. Il y a des centaines de demandes d’ateliers d’artistes à Paris aujourd’hui. Le squat offre la possibilité à ces gens de pouvoir travailler et de s’exposer.

Martin Bobel : Le fonctionnement des squats artistiques questionnent également le rapport des artistes au marché de l’art. Ces lieux sont des espaces de production, mais aussi des plateformes de diffusion accessibles à tous mêlant pratiques amateur et professionnelle. Le fait de s’établir dans des lieux comme ceux-ci permet de s’émanciper d’un système de galerie ou de vente directe de projet.

LeMagazine.info : Quel est, selon vous, l’avenir des lieux indépendants à vocation artistique à Paris ?

Delphine Terlizzi : L’avenir à court terme semble prometteur car de plus en plus de conventions d’occupation sont signées. Mais ce serait bien que la mairie ne s’en contente pas et ouvre des lieux de production pour les artistes et les associations qui ne soient pas des squats. Je reste inquiète malgré tout. Pour l’instant nous avons la chance d’être dans un pays très souple comparativement à d’autres. Le squat en Hollande, par exemple, est désormais considéré comme un délit passible d’un an de prison. Cette loi a déjà failli passer en France l’année dernière et risque de revenir sur le tapis un jour…


Le Festival des Ouvertures Utiles se déroulera du 20 au 29 novembre dans différents squats artistiques à Paris et en banlieue.

Retrouvez la programmation du FOU et les lieux participants sur le blog du festival : http://festivalfou.blogspot.com.


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Le 20 novembre 2009

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