Lettres à un jeune poète

Niels Arestrup joue les "Lettres à un jeune poète" de Rainer Maria Rilke, actuellement au théâtre de la Bruyère à Paris. Un moment dans les étoiles, où le théâtre rejoint la littérature.


Copyright photo : Brigitte ENGUERAND

B
ien sûr, les « Lettres à un jeune poète » se suffisent à elles-mêmes. Bien sûr, rien de supplémentaire n’est nécessaire pour que les mots de Rilke résonnent profondément et durablement dans l’esprit du lecteur. Et pourtant, Niels Arestrup a su donner une voix à ces mots splendides. Il ne joue pas Rilke, mais porte ses lettres sur scène, et leur donne une tribune supplémentaire. Parce qu’elles peuvent être entendues autant qu’elles doivent être lues.
Voilà maintenant une dizaine d’années que Niels Arestrup a rencontré ce texte lumineux, sincère et juste. Après avoir longtemps hésité, il l’a d’abord présenté à Bruxelles, puis aux Bouffes du Nord à Paris. Depuis le mois d’août dernier, c’est au théâtre de la Bruyère que se presse le public.

Des mots éternels

Les « Lettres à un jeune poètes » ont 100 ans. Rilke n’en avait que 28 lorsqu’il a adressé sa première réponse en février 1903 au jeune Kappus qui sollicitait son avis sur ses propres écrits. Leur correspondance féconde durera jusqu’en 1908. Mais ces lettres n’ont pas d’âge. Elles peuvent être lues en tout temps et en tout lieu. Il importe simplement d’être seul, en recherche, à l’écoute. Il suffit d’être ouvert au questionnement. L’apaisement viendra ensuite. La communion aussi.

Telle est la réussite de ce spectacle, à la sobriété subtile. Arestrup use des mots comme d’un lien intime entre Rilke, Kappus, le spectateur et lui-même. Nous sommes quatre dans cette affaire-là. Nous pourrions être plus, l’important n’est pas là. L’important est ce qui résonne en soi, lorsque Arestrup dit les mots de Rilke, lorsqu’il affirme, avec une ferme douceur, que nos tristesses sont « ces instants où quelque chose de nouveau a pénétré » dans nos êtres, parce que « c’est ainsi que l’avenir pénètre en nous pour s’y modifier, longtemps avant qu’il n’arrive lui-même ». L’important, c’est le silence de la salle lorsqu’Arestrup rappelle, en ces temps d’interchangeabilité, que « l’amour est difficile », mais que « c’est une extraordinaire occasion de mûrir, (...), de devenir un monde en soi pour quelqu’un d’autre ». L’important, c’est la portée de ces mots éternels, dits par un homme mûr, grand comédien, qui se fait humble et généreux devant les lettres d’un grand écrivain, écrites avec la grâce du génie.

Chacune de ces lettres est une leçon de vie. Elles parlent de la solitude, du sexe, de l’amour, de la création, comme des actes grandioses et exigeants, ferments de la réalisation de soi et de l’éveil aux mystères du monde. Elles sont un poème écrit par un sage qui fait de l’existence humaine un don immense et fragile et qui demande à chacun de s’en montrer infiniment digne, malgré la peur et le doute, car "peut-être tous les dragons de nos vies sont-ils des princesses qui n’attendent que le moment de nous voir un jour beaux et courageux".


Lettres à un jeune poète, de Rainer Maria Rilke. Adaptation de Bernard Grasset et Rainer Biemel, avec Niels Arestrup. Au théâtre de la Bruyère à Paris, jusqu’au 31 décembre 2005, du mardi au samedi à 21 heures. Matinées le samedi à 17 heures 30. Tarifs : de 15 à 36 euros. Tél réservation : 01 48 74 76 99


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Le 11 novembre 2005

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