Mais pourquoi orange ?

La « Révolution orange » est en marche. Suite aux fraudes électorales constatées en Ukraine le dimanche 21 novembre, 100 000 contestataires ont envahi aussi bien Kiev, la capitale, que notre espace télévisuel. Jusqu’alors très absente des medias, l’Ukraine naît soudain aux yeux du monde, flamboyante et orange. Mais pourquoi orange ?
 

Copyright : 2004 Ivano
 
Déployée en bannières, nouée en myriades de rubans et arborée fièrement par tous les manifestants de Kiev, la couleur orange brûle la neige ukrainienne. « But why orange ? » Sur Internet, à cette question, les interprétations les plus diverses fleurissent.
 
Cette couleur est certes, avant tout, celle du parti de l’opposition « Notre Ukraine » et de son représentant Viktor Iouchtchenko. La couleur orange serait apparue pour la première fois en 2002, lors de la campagne législative du pro-occidental. Elle aurait été élue en opposition aux froides couleurs marquant le clan Ianoukovitch : le bleu et le blanc. Mais également pour se démarquer de la couleur rouge rappelant bien une révolution, mais communiste celle-ci.
 
Pour la campagne présidentielle de 2004, l’équipe de communication de Viktor Iouchtchenko a donc conservé le même coloris. Les responsables des relations publiques ont lancé pour le premier tour des présidentielles, le 31 octobre, une campagne de communication baptisée « ruban orange ». Achetant eux-mêmes des tissus et fabriquant les rubans artisanalement, ils les ont distribué à leurs amis et partisans. Sans s’imaginer que leur démarche serait suivie par des milliers d’opposants, dont les drapeaux et l’attirail vestimentaire animent aujourd’hui les rues de Kiev. Mais cela seul ne saurait expliquer l’engouement général pour cette couleur chaleureuse. Sur la toile, les explications à l’origine de cette adhésion massive se multiplient.
 
La couleur du parti aurait été rapidement mise en parallèle avec la chaude couleur des marronniers qui bordent la Place de l’Indépendance à Kiev. Place encore renommée « Tent City », où le nombre d’opposants n’a cessé de croître depuis le 21 novembre. La « Révolution orange » est aussi connue en Ukraine et dans la presse anglo-saxonne comme la « Chestnut Revolution » ou « Révolution des marronniers ». Le blog “Orange Ukraine”, définit ainsi son objet : “Helping to pull 48 million chestnuts out of the fire” (« Tirer 48 millions de marrons du feu », 48 millions étant le nombre d’Ukrainiens). Le site web « Volodymyr Campaign » encourage les internautes à envoyer aux ambassades ukrainiennes à l’étranger des pétitions en faveur de l’opposition, accompagnées de marrons. 
 
Autres explications avancées : l’orange aurait été adopté à cause de la couleur des uniformes des pompiers de Kiev ou de la couleur des bouées de sauvetage ou même de celle des sacs poubelles. Les plus pragmatiques et les moins fortunés ont en effet transformé les sacs plastiques orange de Kiev en de voyants pardessus où ils ont inscrit le nom d’Iouchtchenko.
 
Certains ont aussi voulu voir dans le choix de l’orange une analogie avec une tradition du folklore ukrainien. Dans les rituels qui entourent les fiançailles et le mariage, la jeune fille qui souhaitait refuser les avances d’un prétendant, déposait autrefois une citrouille au pas de sa porte. Par ce geste, elle montrait également son affranchissement de la pression parentale. Le choix de cette couleur cucurbitacée marquerait ainsi le symbole d’un divorce du peuple avec le candidat éconduit, Viktor Ianoukovitch, ainsi qu’un refus de se soumettre à la tutelle russe.
 
Ce rejet a bien été consigné par l’épouse du pro-russe Ianoukovitch, qui a riposté en qualifiant la situation dans la capitale « d’orgie orange ». Pire, en Russie, un conseiller du président Poutine aurait déclaré sur NTV : « La révolution en marche à Kiev porte la couleur "colique d’enfant" ». Mais ces attaques peu raffinées ne font que confirmer l’attention médiatique portée à cette révolution pacifique. Ce ralliement massif et spontané derrière les étendards orange est peut-être l’une des armes les plus efficaces dont dispose l’opposition. Peu importe finalement l’origine de l’orange. De même que les roses de la révolution géorgienne l’an passé, le symbole marque les esprits bien plus que tout slogan.


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Le 6 décembre 2004

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