Majunga sur la piste du développement

Près de Majunga, 3e ville du pays et port majeur de la côte nord-ouest de la Grande Ile, l’hôtel Antsanitia mise sur l’écologie et améliore les conditions de vie des villageois des environs. Une action inscrite dans la durée. 


Pirogue traditionnelle à balancier au large d’Antsanitia © YH

Au joli complexe hôtelier situé au bord du canal du Mozambique, Tsiravay, chef du village voisin de Belamoty a droit de cité. C’est d’ailleurs lui qui nous sert de guide pour descendre la rivière Morira en pirogue à balancier. Rien de tel qu’un homme du cru pour expliquer le rôle essentiel de la mangrove dans la reproduction des poissons et des crevettes. Autour de la pirogue, des poissons-volants virevoltent comme pour saluer notre passage. Tsiravay décide d’une halte au petit village de Ladigy, une douzaine de maisons étalées le long du rivage et dont les toits sont couverts de branches de palmier. Tandis que quelques femmes râpent le manioc, deux autres profitent des coups de vent pour séparer le riz paddy de la paille, qui contribue à l’alimentation des zébus. La déambulation autour du hameau permet de prendre la mesure de la riche biodiversité. Près des habitations prospèrent des anacardiers, des cocotiers-nains, des tamariniers et des kapokiers. Notre guide extrait bientôt le duvet du fruit du kapokier, qui sert entre autres à la fabrication de matelas ou d’oreillers. Mais deux autres arbres sont particulièrement prisés, le palmier à raphia, valorisé par les artisans locaux qui confectionnent avec sa fibre chapeaux, paniers ou sets de table. Et le jatropha. Ici, précise Tsiravay, on le surnomme « l’arbre hydrocarbure ». Son exploitation prend même un tour industriel. Plus au nord, des plantations de jatropha ont vu le jour.
 
De retour à l’hôtel, le directeur, Eric Gateau confirme l’intérêt pour l’huile de jatropha, tirée de ses fruits. « Nous avions d’abord misé sur les panneaux solaires, indique-t-il, mais faute d’ingénieurs locaux capables d’assurer le suivi, nous avons dû renoncer. Aujourd’hui, notre objectif est de remplacer progressivement le fuel du groupe électrogène par de l’huile de jatropha.  » Reste tout de même un obstacle technique à franchir : la filtration des impuretés du jatropha, qui encrasse les moteurs.

Charette à zébus sur la piste qui mène de MAjunga à l’hôtel Antsanitia © YH
 
Avancer ensemble
 
Le lendemain, Anjar, le chef du « fokontany » regroupant les trois villages environnants, nous emmène fièrement visiter les réalisations « qui ont changé notre vie ». L’école d’abord. Une simple presse à briques a permis, à force de patience, l’édification des murs. Mais au final, le bâtiment aura coûté 42 000 euros au groupe rochelais Eden, propriétaire de l’Antsanitia Resort. « Au départ, reprend Anjar, on pensait accueillir une centaine d’élèves. Mais des enfants sont venus de 8 kilomètres à la ronde – une distance qu’ils parcourent chaque matin – pour rejoindre l’école. Nous comptons à présent 154 élèves répartis en deux classes. »
 
A proximité, un dispensaire a été ouvert et une ambitieuse opération de reforestation a été lancée. Frédéric, le responsable malgache de la pépinière, dévoile sa collection de plants qui seront mis en terre en août prochain. « Nous avançons à grands pas, assure-t-il. Nous avions planté 15 000 arbres en 2011, dix fois plus cette année et nous visons 180 000 arbres plantés en 2016. » Parmi les diverses essences, il signale l’intérêt nouveau pour la mandravasarotra, une plante endémique de la région qui a la réputation de guérir de nombreuses affections. Une sorte d’antibiotique naturel. Et pour ne rien gâcher, l’huile essentielle de mandraravasotra est aussi utilisée lors des massages en raison de ses propriétés relaxantes.
 
Les liens étroits entretenus entre l’hôtel et les habitants des environs est suffisamment rare pour être souligné. Ici, loin du tourisme d’enclave replié sur lui-même, les efforts portent sur une insertion harmonieuse des visiteurs dans l’environnement naturel et humain. Le directeur de l’hôtel, Eric Gateau, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Il reste tant à faire, soupire-t-il. La fourniture d’eau potable aux villages ; la création d’une zone de protection marine afin que perdurent les méthodes traditionnelles des pêcheurs Sakalava menacées par l’intrusion de chalutiers étrangers. Ou encore l’amélioration de la piste de 16 km qui nous relie à Majunga et qui autoriserait le transport scolaire.  »
 

Le port à boutres de Majunga © YH
 
Majunga, la cosmopolite 
 
Justement, la piste, où l’on cahote à souhait, débouche sur la cité de Majunga forte de près de 300 000 habitants (vérifier). Dans le brouhaha humain, pousse-pousse, tuk-tuk et taxis 4 L tentent de se frayer un chemin au milieu des visages multicolores : Indo-Pakistanais, Arabes, Comoriens, Sakalavas, Chinois, Français, etc. Changement de décor sur le bord de mer où trône majestueux, un baobab pluri-centenaire, de plus de 20 mètres de circonférence. Il semble qu’il diffuse de sa sérénité aux promeneurs qui se baladent détendus sur la « Croisette » locale.
 
Non loin, le port aux boutres mérite le détour. De vieux rafiots en bois aux teintes pastel assurent toujours le commerce de proximité. De leur ventre, jaillissent une horde de dockers improvisés qui croulent sous le poids de leur charge. Ici, ce sent des ballots de poissons séchés ; là, des sacs d’agate blanche pesant la bagatelle de 70 à 80 kilos.
 
Au terme d’une virée au marché, histoire de faire provision de vanille et de rencontrer les brodeuses, qui composent de véritables bandes dessinées sur leur nappe de table, nous nous dirigeons vers « La Soucoupe », lieu d’exposition-vente de l’artisanat haut de gamme. Andrée Ethève, une « Malgache blanche » et son fils Nicolas, qui gèrent le centre, confient : « Nous travaillons dans le même esprit que l’Antsanitia Resort. En assurant un salaire décent à la vingtaine de femmes avec lesquelles nous collaborons, nous tentons de sortir l’artisanat local de l’impasse.  » De fait, les créations originales emportent l’adhésion : écharpes de soie sauvage ou de coton, chemises, sacs de collection, etc. En prime, on peut s’initier à la confection d’un tapis en raphia à l’aide d’un métier à tisser ou à l’extraction de l’indigo. 
 
Dans la région de Majunga, la brise légère du développement qui accompagne les incursions touristiques apporte une fraîcheur bienvenue. Et pour revenir de ce plaisant séjour complètement rasséréné, un catamaran vous dépose sur une plage aux eaux turquoises dominée par des falaises ocres – le Cirque Rouge – qui émergent de forêts verdoyantes et tutoient de blancs nuages. La balade s’achève sur cette symphonie de couleurs propre à ravir les yeux. « Bleu, vert, rouge, blanc : ça c’est Mada, commente notre accompagnatrice, ponctuant la féérie de ce mot définitif ! En tout cas, on n’est pas près d’oublier cet ersatz d’arc-en-ciel. Pas plus que le reste des découvertes. 
 

Le Cirque rouge, site naturel remarquable entre Majunga et Antsanitia © YH
 
 

Pratique

° Y aller. Avec Air Austral. En Boeing 777 au départ de Paris. Escales à Saint-Denis de la Réunion et Dzaoudzi (Mayotte). Nombreuses promotions.
www.air-austral.com

° Y séjourner. Près de Majunga, l’hôtel Antasanitia : 33 bungalows confortables parsemés dans un site naturel remarquable au bord de l’océan. Le label « Green globe » a été décerné à cet Écolodge, dont les principaux actionnaires sont le groupe rochelais Eden. Les actions de développement sont fédérées par l’ADTIA, Association pour le développement du tourisme intégré à Antsania, regroupant les trois villages situés à proximité de l’hôtel. Contacts : www.antasanitia.com Tél : + 261 20 62 023 34 et contact@antsanitia.com

° Y manger. Outre le restaurant de l’hôtel, tenu avec brio, par le chef malgache Franklin, un restaurant sympa à Majunga, avec terrasse donnant sur la mer, « Chez Karon ». Tél : + 261 20 62 226 94.

° A voir. « La Soucoupe », les professionnels de l’artisanat d’art à Majunga. Tél : 032 02 102 55 et terrelasarl@gmail.com

° Guides Madagascar : L’Encyclopédie du Voyage (Gallimard, 29 €), à compléter par « Le Petit Futé » (13,95 €). www.petitfute.com


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Le 17 juin 2015

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