Meeting de la Ferté Alais : la danse du ciel

L’aérodrome de La Ferté Alais a accueilli le 11 et 12 juin derniers le plus grand meeting aérien d’Europe continentale. Surnommé le "Temps des hélices", il redonne vie à des appareils anciens, restaurés par des "archéologues du ciel". Rencontre avec des passionnés.


Un Morane-Saulnier 317 dit à aile "parasol" à l’atterrissage. Camille Pinet/Le Magazine.info

Près de 40 000 amateurs sont venus profiter de ces deux jours, rythmés par une exposition statique et un spectacle de 5 heures à couper le souffle. Parmi eux des curieux, des pilotes, mais aussi beaucoup d’enfants dont la vocation est en train de naître. Un gamin, assis sur la pelouse, en face d’un Waco reproduit méticuleusement l’hélice sur son calepin. « Je m’intéresse beaucoup aux avions. Je suis venu ici avec mon papa pour savoir comment ils volent, comment ils s’appellent et à quoi ils servent. J’aimerais être pilote pour voir le monde de tout la haut », raconte le petit Luc, 8 ans, les yeux brillants devant ces oiseaux en bois et en toile. Objectif rempli pour Cyrille Valente, Président de l’Amicale Jean-Baptiste Salis (organisatrice de l’événement) qui a souhaité faire « rêver les enfants lors de ce meeting à la magie de la troisième dimension et permettre de revivre les belles histoires de l’aventure humaine  ».


Des belles histoires, le journaliste Bernard Chabbert, animateur depuis 1974 de cette prestigieuse rencontre, en raconte sans fin. A commencer par la commémoration du centenaire de la création des Avions Morane-Saulnier, firme mythique basée à Tarbes, qui a fourni un bon nombre de « salles de classe volantes  » à l’armée de l’air française. Dans le ciel de Cerny apparait alors le premier aéroplane à avoir traversé la Méditerranée, le Morane-Saulnier H, un exploit phénoménal pour 1913. Décollent ensuite des monoplans de voltige à aile parasol les MS 317 et 230 ou encore le premier avion de chasse moderne français le MS 406, construit en 1938. Ces œuvres d’art impressionnent encore par leur précision.

Vient ensuite le 70ème anniversaire de l’attaque japonaise à Pearl Harbor donnant place à la reconstitution de la bataille historique, ponctuée d’effets pyrotechniques qui nous font remonter le temps jusqu’au 7 décembre 1941. Ce jour-là, les Américains avaient cru que les points sur leur radar représentaient une escadrille amie venant de San Francisco. Quelques minutes plus tard, les redoutables Mitsubishi A6M Zero japonais attaquaient les côtes hawaïennes. Les Curtiss P40 démarrent alors leurs moteurs et s’envolent dans le ciel, saturé d’avions nippons, un peu au hasard, sans préparation et surtout sans stratégie.


La silhouette menaçante d’un B17 "forteresse volante". Camille Pinet/Le Magazine.info.

D’autres appareils complètent ensuite le tableau historique des warbirds (oiseaux de guerre), présentés dans les airs de La Ferté Alais. Parmi les plus impressionnants, le biplan Stieglitz évoluant dans le ciel telle une ballerine, sur des voix angéliques d’une composition classique. Le nom du spectacle, « Bal des aigles », illustre à merveille le talent du pilote. En parfaite harmonie avec son appareil, il accomplit des figures gracieuses dessinées dans le bleu de l’au-delà. Somptueux jusqu’à l’atterrissage où l’homme apparait devant le public tout en blanc immaculé, casque, combinaison, gants et écharpe. Du grand style à tous les niveaux.


Autre invité spécial, l’hydravion PBY-5A Catalina. Cet étonnant oiseau de mer nous est venu de la Grande-Bretagne avec son très sympathique pilote Mike Connally qui fait visiter son appareil lors de l’exposition statique. Les visiteurs lui serrent la main, enthousiastes, avec un « Thanks you very much !  » venant du plus profond d’eux-mêmes. Ils peuvent regretter simplement de ne pas l’avoir vu se poser sur l’eau comme il le fait traditionnellement lors du meeting de Biscarosse.


Une figure de la Patrouille de France. Camille Pinet/Le Magazine.info


Le feu d’artifice de fin de journée est symbolisé par le show de la patrouille de France. Un moment unique, attendu avec beaucoup d’impatience par les milliers de spectateurs présents sur les pelouses de l’aérodrome. Les huit jets évoluent alors en formations serrées, seulement à deux ou trois mètres les uns des autres à une vitesse moyenne de 600 km/h. A cette distance, la moindre erreur peut s’avérer fatale. Mais comme l’explique le directeur des équipes de présentation de l’armée de l’air, Lcl Bruno Bezier : « Tout est maîtrisé. Il est clair que la vie des uns des autres repose sur la confiance mutuelle. C’est pourquoi l’équipe est sélectionnée sur le caractère des pilotes, leur capacité de concentration, leur esprit de groupe et leurs relations humaines plutôt que sur leur technicité ». Les pilotes s’entrainent pendant sept mois avant d’arriver à une telle performance, tout en ayant quinze ans d’expérience en escadron de chasse derrière eux. « Le plus important et le plus difficile à la fois, c’est la remise en question, d’accepter de désapprendre pour réapprendre une méthode  », ajoute-t-il.


Les avions se forment et se déforment en concorde, losange, canard ou encore diamant sous les ordres du leader Cédric Tranchon : « Je renverse à droite, maintenant ! … diamant top ! … tourne toujours ! … la fumée top ! … cadences ! » Sa voix paraît, à traves les enceintes, détendue, souriante, rythmée et très musicale. Les Alphajets tournent en tonneau, tracent le slalom et passent en croisement, sous les couleurs françaises des fumigènes. Plus personne ne respire dans la foule. La simultanéité, la symétrie et les gestes précis laissent le public ébahi. Les héros se prêtent ensuite à une séance de photos et de dédicaces, envahis rapidement par les passionnés. Il n’y a pas de doute, voler fera toujours rêver le monde.



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Le 15 juin 2011

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