Nicolas Thépaut : skieur en voie de disparition

Seul représentant français du ski acrobatique sur le circuit mondial, Nicolas Thépaut se bat aujourd’hui pour sauver sa discipline. A quelques mois des Jeux olympiques de Vancouver, auxquels il espère prendre part, le Haut Savoyard hausse le ton et tacle sévèrement la Fédération française de ski (FFS).


Nicolas Thépaut, lors de la Coupe du monde de Deer Valley (USA) en 2007. DR

Lemagazine.info : Après plusieurs mois passés à vous entraîner dans l’eau (water-jump), comment se passent les premiers entraînements sur neige ?
 
Nicolas Thépaut : A vrai dire, pas très bien. Depuis cet été, je souffre d’une inflammation du tendon rotulien qui m’empêche de m’entraîner correctement. Malgré un mois et demi de repos et plusieurs infiltrations, j’ai encore mal lors des réceptions. Je devrais me faire opérer pour soigner cette blessure mais il faut compter trois mois de rééducation. Je ne peux pas me le permettre.
 
Lemagazine.info : Pas vraiment l’idéal pour préparer des Jeux olympiques…
 
Nicolas Thépaut : En effet. Je savais que cette blessure allait me poursuive toute la saison mais je pensais pouvoir gérer la douleur jusqu’aux Jeux. A l’heure actuelle, ce n’est pas possible.
 
Lemagazine.info : Vous êtes l’unique représentant français sur le circuit mondial, mais vous n’êtes toujours pas sélectionné pour les Jeux olympiques. Pourquoi ?
 
Nicolas Thépaut : C’est la FFS qui décidera en fonction des résultats et de la forme du moment. Mais je ne sais pas quand. Après la première Coupe du monde (19 et 20 décembre en Chine) peut-être. Et s’ils ne veulent pas m’envoyer, je ne pourrais y rien faire. Il y a quatre ans, la Fédération avait mis en place un système plus précis : il fallait terminer au moins une fois finaliste (dans les 12 premiers, ndlr) sur une Coupe du monde avant une date définie à l’avance. Ce que je n’avais pas réussi. Mais deux semaines avant les Jeux olympiques de Turin, j’ai terminé 5e sur la dernière Coupe du monde. C’était trop tard. Les responsables fédéraux n’ont rien voulu savoir et j’ai raté les Jeux. Donc, cette année, j’attends de voir.
 
Lemagazine.info : Aujourd’hui, la discipline vous paraît-elle menacée de disparition en France ?
 
Nicolas Thépaut : Je suis le dernier français à pratiquer le ski acrobatique à haut niveau, et cela n’a pas l’air d’inquiéter la Fédération. Moi si ! Après les Jeux, je vais me battre pour sauver ma discipline. Je veux recruter des jeunes issus de la gymnastique, du trampoline ou du plongeon pour relancer ce sport. Avec le potentiel de gymnastes que l’on a en France, il y a moyen de faire quelque chose. Depuis l’arrivée du nouveau Directeur Technique National Fabien Saguez, j’ai un peu plus d’espoirs. Il aime ma discipline et veut faire bouger les choses. Mais en France les structures d’entraînement dédiées au ski acrobatique sont inexistantes. Il faut donc tout créer.
 
Lemagazine.info : Comment comptez-vous vous y prendre ?
 
Nicolas Thépaut : Je voudrais monter une structure de water-jump (saut à ski avec réception dans l’eau qui sert d’apprentissage avant de se lancer sur la neige, ndlr) accessible au plus grand nombre. L’idée serait d’accueillir des groupes d’une dizaine de personnes pour leur faire découvrir le saut, mais aussi le trampoline ou encore le plongeon. Comme cela se fait en Suisse. Mais il y a un coût pour une telle structure : un million d’euros.
 
Après les JO, je vais également entrer en contact avec différentes fédérations sportives (gymnastique, natation…) pour détecter de nouveaux talents. Je veux reconstruire une équipe de France. J’aimerai organiser des stages dès l’été prochain. Et bien sûr, si je réussis quelque chose de bien aux Jeux, je compte en profiter pour faire parler de ma discipline.
 
Lemagazine.info : Pourquoi la FFS ne prend-elle pas davantage en compte le ski acrobatique, une discipline pourtant olympique ?
 
Nicolas Thépaut : Bonne question. J’ai l’impression qu’il n’y a aucune volonté fédérale de relancer ce sport. Il n’y a aucune envie de développer la pratique du freestyle. Les responsables fédéraux ont tous les pouvoirs mais ils ne font rien. Ils ont leur politique alpine, mais rien n’est fait pour le freestyle. J’ai souvent l’impression qu’ils se disent « il se débrouille bien tout seul, on le laisse ». Je pratique le ski acro depuis plus de dix ans, mais ils n’ont même pas une vidéo de moi en action.
 
Lemagazine.info : Est-ce à cause du manque d’intérêt de FFS à votre égard que vous avez choisi de vous entraîner en Suisse ?
 
Nicolas Thépaut : J’ai pris cette décision en 2003 pour améliorer mes conditions d’entraînement. Au début, cela n’a pas été facile de voir que je n’avais aucun soutien fédéral. Heureusement, les responsables suisses ont été exceptionnels avec moi. Ils m’ont très vite intégré. Si je suis sélectionné pour Vancouver, je défendrai les couleurs de la France mais j’aimerais être logé avec les Suisses et non avec l’équipe de France. 
 
Lemagazine.info : Et quels seront vos objectifs ?
 
Nicolas Thépaut : Une finale avant tout, après on verra. J’ai travaillé tout l’été sur des sauts à cinq vrilles. Donc l’idée, c’est de réaliser deux sauts à quatre vrilles en qualification et de sortir le cinq vrilles en finale. Je dois réaliser une belle performance. Pour moi et pour ma discipline.
 
Propos recueillis par


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Le 13 novembre 2009

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