Photographies de Nan Goldin

La vie est comme « du miel sur une lame de rasoir » (« Honey on a razor blade »), dit un proverbe bouddhiste. Nan Goldin reprend cette maxime et la met en image, à la galerie Yvon Lambert, 108 rue Vieille-du-Temple, Paris 3ème, jusqu’au 24 juillet.


Nan Golding : Jabalowe smoking sheisha in courtyard, Luxor 2003 

L’exposition se présente comme une réflexion générale sur le travail de Nan Goldin, sur son parcours et son rapport à la photographie. L’artiste expose des clichés réalisés tout au long de sa carrière, et s’explique, dans un enregistrement vidéo, sur les motifs et la finalité de son travail. Elle revient sur l’importance de photographier ses proches, de fixer leur vie sur la pellicule, comme une sorte d’hommage à ses amis, ses parents, ses amants.

Au-delà de cette réflexion rétrospective, est présentée également tout une série de clichés réalisés au cours des années 2003 et 2004. Dans la continuité de l’ensemble de son œuvre, ce sont de photographies de son dernier amant, dans un lit, dans une chambre d’hôtel, debout, allongé, nu ou vêtu. Toujours dans un lit (souvent celui de l’artiste), dormant ou s’embrassant, des amis et des parents. Certaines photos de 2003 tranchent avec l’ensemble de ce qui est habituellement exposé par l’artiste : il s’agit de photographies de paysages, d’arbres, de reflets, où aucun personnage ne figure. Nan Goldin explique : cette attirance pour la nature et le paysage n’est pas nouvelle, mais elle a toujours gardé ces clichés dans l’ombre, quoiqu’ils aient une grande importance pour l’artiste, puisqu’il s’agit, dit-elle, d’une forme de spiritualité retrouvée.


Nan Goldin : Charlotte and Marie-Anne watching sunset, Christmas Eve, Sète 2003

Il n’est guère possible de rester indifférent ou insensible au travail de Nan Goldin. Sa force lui vient sans doute de son ambiguïté, ou plus exactement de l’ambivalence de ce que ressent le spectateur devant ses œuvres. Car, que nous donne-t-elle à voir, sinon sa vie, ses proches et son intimité ? En quoi cela nous concerne-t-il, nous qui n’en faisons pas partie, et qui ne pouvons que constater en extériorité et par un acte de foi, ce qui est présenté comme des amis et des amants ? « Voici ma vie », dit l’artiste ; « voici la sienne », répond le visiteur. Ce dernier devrait-il faire preuve de compassion, d’empathie, de tendresse désengagée ?

En réalité, ce qui est donné à voir sur tous ces visages familiers bienveillants, ce n’est pas tant la vie de Nan Goldin que celle de tout un chacun. En mettant en image sa propre intimité affective, l’artiste expose l’essence de l’intimité, qui est d’être à la fois singulière quand il s’agit de “la mienne”, et particulière pour tous “les autres”. Ceux que nous aimons nous sont indispensables et nécessaires alors que, réduits à quelques photographies, leurs visages successifs paraissent parfaitement contingents au regard extérieur. Nos vies affectives sont uniques et pourtant quelconques, et il n’y a pas de meilleur moyen pour s’en rendre compte que de répondre à l’invitation de Nan Goldin en se plongeant quelque instant dans l’histoire de sa vie.


Photographies de Nan Goldin, à la galerie Yvon Lambert, 108 rue Vieille-du-Temple, Paris 3ème, jusqu’au 24 juillet. Tous les jours sauf dimanche et lundi, de 10h à 13h et de 14h30 à 19h. Entrée libre. Tel : 01 42 71 09 33


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Le 18 juillet 2004

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