Pleins feux sur l’Anjou

Entre Bretagne et Touraine, une balade ligérienne toute en douceur d’Angers à Saumur en passant par Cholet réserve d’agréables surprises. En creusant un peu, le Maine-et-Loire recèle même d’affriolants dessous ! 


Le château de Brissac, le plus haut de France - YH

À tout seigneur, tout honneur. Premier salut au « bon roi René », qui, s’il fut un médiocre chef militaire et un piètre politique, se révéla fin lettré et passionné des arts et jardins. Son château – en fait celui des ducs d’Anjou - dominant la Maine et protégé d’une enceinte de dix-sept tours demeure le symbole de la ville. Mais, contraste avec la douceur tant vantée par le poète du cru, Joachim du Bellay, l’exaltation de l’art de vivre local prend en ces lieux la forme d’une tenture de l’Apocalypse ! L’un des bâtiments du château abrite en effet cette œuvre exceptionnelle, qui évoque de manière réaliste les ravages de la guerre de Cent ans contre les Anglais. Tissée sept ans durant, longue de 100 mètres de long sur 4,50 mètres de haut, elle est déroulée dans une vaste galerie. 

À proximité, visite de l’abbatiale Toussaint. Ce fleuron - restauré - de l’architecture gothique expose les œuvres sculptées de David d’Angers. On remarque notamment une représentation de Gutenberg, hommage aussi délicat qu’imposant à l’inventeur de l’imprimerie.

Cointreau n’en faut 

Petit tour dans le cœur historique de la ville. Près de la cathédrale se dresse une jolie bâtisse à colombages construite à la fin du XVe siècle, la Maison des Artisans. Dans les environs, tandis que le parc à thème Terra Botanica célèbre le végétal de manière ludique (275 000 végétaux en provenance de tous les continents sont mis en scène), le Carré Cointreau, rend - depuis 1875 - un culte persévérant aux écorces d’orange et parfume la zone industrielle. Les écorces d’oranges amères sont importées du Brésil et du Sénégal, les douces du Ghana, « car les orangers de nos vergers nationaux, nous assure la guide locale, ont la peau trop fine ». Même les corses ? « Tout à fait ». Une révélation ! À l’intérieur du sanctuaire, les mélanges d’écorces macèrent dans dix-neuf alambics de cuivre rouge, majestueux, avant la distillation qui permettra l’extraction des huiles essentielles et donnera à la liqueur tout son arôme. Une dégustation s’impose. J’avoue un faible pour le « Cointreau Fizz » : 1/3 Cointreau, 2/3 eau pétillante et jus d’un demi citron vert, le tout versé dans un verre rempli de glaçon. Avant que le fameux flacon carré ne se déforme à mes yeux, je trouve judicieux de reprendre la route. 

Voyages dans le temps

Direction, le sud du département. Bientôt, au milieu d’un paysage de coteaux surgit un imposant édifice, le château de Brissac. Une affiche placardée sur la porte annonce d’ailleurs : « Bienvenue dans le Géant du Val de Loire ». Fort de ses sept niveaux, le château de Brissac est réputé être le plus haut de France. « Ce domaine, précise encore l’avertissement, appartient depuis le 26 mai 1502 à la même famille. » En l’occurrence, les Cossé-Brissac. Bigre, ça vous pose un homme. C’est le marquis en personne, Charles-André de Brissac, qui nous reçoit. Cool, le jeune marquis. En bras de chemise, il pianote devant son ordinateur, avant de jouer profil bas : « Sans les subventions de la DRAC (Direction régionale des Affaires culturelles) aux monuments historiques et les aides des collectivités locales, je n’aurais pu mener à bien les indispensables travaux de rénovation. » Malgré la disponibilité de notre hôte, nous n’effectuons pas une visite exhaustive des 204 pièces des lieux. Nous remarquons dans un salon rehaussé de tableaux d’ancêtres, un exemplaire du « Point » du 26 juillet 2002 titrant sur « La saga des grandes familles. » Les Cossé-Brissac y figurent bien sûr, en compagnie de quelques autres, comme « la grande dame de la Champagne », la Veuve Clicquot. « À ne pas confondre, plaisante le joyeux marquis, avec Marthe Richard, surnommée par Antoine Blondin, » la Veuve qui clôt », suite à la fermeture de ses célèbres maisons de rendez-vous. » On poursuit la discussion autour d’un verre du domaine, un AOC Anjou villages de qualité, le temps pour notre guide de nous confirmer son goût de la convivialité : fin août, le parc paysager du château accueille « pour la 2e fois », « ce rendez-vous festif » qu’est le championnat de France de montgolfières.

Plus au sud, à l’entrée du Parc de Maulévrier, un étrange conifère originaire du Chili, haut de plus de 30 mètres attire le regard. C’est une Araucania araucana, encore appelé « désespoir des singes » car ses feuilles acérées rendent impossible son ascension. L’espace revendique le titre de « Parc oriental » car il pousse loin le flirt avec le Japon et invite à une promenade pleine de sérénité. Le jardin dont les arbustes sont taillés avec minutie est empli de références symboliques qu’il faut apprendre à décrypter. Mais même sans initiation, on peut se laisser bercer par un magnolia en fleurs devant une pagode, des Ifs typiques de l’archipel nippon ou encore de nombreux exemplaires de Ginkgo Biloba, arbre sacré du Japon. Vieux de 250 millions d’années c’est le seul végétal rescapé du bombardement d’Hiroshima. Et, ce qui ne gâche rien, ses fruits peuvent aussi délivrer un élixir de longue vie.


Les arbustes taillés avec minutie du jardin japonais de Maulévrier - YH

Ainsi rasséréné, on atteint Cholet, la ville qui entame une seconde jeunesse. Hier connue pour ses mouchoirs - en textile, puis en chocolat - Cholet l’entreprenante s’est reconvertie en pôle de compétitivité « petite enfance », avec force magasins d’usines à la clé. Une vraie cure de jouvence pour toute la cité.

Mélodie en sous-sol

Sans conteste, le Saumurois a de quoi séduire le flâneur qui arpente le territoire. La ville médiévale de Saumur retient l’attention, l’abbaye de Fontevraud affiche sans complexe ses trois vies successives – monastère, prison, centre culturel – en attendant sa future vocation d’accueil touristique (construction en cours d’un hôtel 4 étoiles à l’intérieur du site). L’École nationale d’équitation et son emblématique Cadre Noir attirent les visiteurs, toujours fascinés par cette complicité si forte entre l’homme et le cheval. « Mais il ne faut pas oublier qu’un gala est le fruit de dix années de dressage », rappelle Jean-Michel Poisson, l’un des responsables de l’École. 

Reste qu’il faut lorgner le sol et le sous-sol pour découvrir avec étonnement que l’Anjou a le ventre creux. Depuis le XIIe siècle, l’extraction du tuffeau, craie jaunâtre, a servi à la construction de nombre de châteaux de la Loire. Au final, le Saumurois compte un millier de kilomètres de galeries, faisant de cette région la plus grande concentration troglodytique de France. 

Ici, à Rochemenier, ce sont deux fermes enterrées de la fin du 17e siècle - gagnées sur le falun, autre sable calcaire, sédimentaire celui-là - qui ont été reconstituées à l’identique : chambres à coucher, salle de veillée, cellier, etc. L’engouement tenait aussi à des raisons économiques : nul besoin d’investir dans une toiture et réduction des corvées de bois (en été, l’habitat est frais et en hiver, la terre conserve la chaleur). 

Là, dans les caves, on élève les vins à fines bulles mais aussi les champignons, en particulier les mal-nommés champignons de Paris. Les sites insolites se multiplient : restaurants troglodytes ou « troglogîtes » qui allient confort et réel dépaysement. Et pour compléter la gamme de cette vaste société souterraine, il faut mentionner le zoo de Doué-la-Fontaine : des girafes venues du Niger évoluent gracieusement dans les carrières de falun, tandis qu’un peu plus loin a été ouverte la grande volière sud-américaine où voisinent condors et aras. 

Enfin, surprise du chef, un château peut en cacher un autre. Ainsi, la forteresse de Brézé à vocation défensive a développé un habitat souterrain à 9 mètres de profondeur doté d’une écurie, d’une magnanerie ou encore d’une boulangerie. L’imagination des seigneurs d’Anjou - aussi bien que des manants - apparaît sans limites. Pour notre plus grand plaisir. 


Les girafes nigériennes dans la carrière du Bioparc de Doué-la-Fontaine - YH
 


Pratique

° Y aller. En TGV : Paris-Angers en 1 h 40

° Y séjourner. À Angers, hôtel d’Anjou – 1 boulevard Foch. Tél : 02 41 211 211
www.hoteldanjou.fr À Doué-la-Fontaine, l’auberge Bienvenue - 104, avenue de Cholet (piscine et jacuzzi) Tél : 02 41 59 22 44 www.aubergebienvenue.com
-  La Troglo à plumes à Parnay Tel : 06 87 70 05 29 www.latrogloaplumes.fr

° Y manger. - Près d’Angers, sur les bords de la Loire, un estaminet convivial : L’abri des bateliers, place Ruzebourg à La Pointe-Bouchemaine.
Tél : 02 41 77 17 46 www.abri-des-bateliers.com
-  À Cholet, le Pouce Pied – 1, rue du Lait de Beurre. Tél : 02 41 58 50 03. www.lepoucepied.com La Cave aux Moines, restaurant troglodyte à Préban. Tél : 02 41 67 95 64 www.cave-aux-moines.com

° À voir. Du 27 au 31 août 2013, le château de Brissac accueille le championnat de France des montgolfières. Tél : 02 41 91 22 21 www.chateau-brissac.fr
-  Les 18, 19 et 20 octobre 2013, les Musicales du Cadre Noir à Saumur.
Tél : 02 40 53 50 50 www.cadrenoir.fr
-  Le Bioparc de Doué-la-Fontaine. Tél : 01 43 72 08 00 www.zoodoue.fr
-  Le château de Brézé. Tél : 02 41 51 60 15 www.chateaudebreze.com

° Plus d’informations : Anjou tourisme à Angers. Tél : 02 41 23 51 51
www.anjou-tourisme.com

° À lire. Bien conçu et très complet, le guide Evasion Anjou (Hachette, 14,50 €). En complément, un chapitre Maine-et-Loire dans le Guide Pays de la Loire de Lonely Planet (17, 50 €).


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Le 26 août 2013

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