Quand M. de Villepin courtise les banlieues

Les élections présidentielles de 2012 approchent et l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, s’y prépare activement. Le 19 juin dernier, il lançait son parti politique, La République Solidaire. Dans son discours inaugural, l’énarque a tenté de séduire les habitants des banlieues. Comment réagissent-ils à cet appel ? Enquête.


Dominique de Villepin. Photo Benjamin Thumerelle/Le Magazine.info

Un vacarme résonne soudain dans l’immense enceinte du hall Freyssinet (Paris, XIIIème arrondissement). De loin, cela ressemble à la cohue de la veille sur les Champs-Elysées. La victoire de l’équipe de football algérienne face à l’Angleterre y avait alors provoqué des scènes de joie. Vêtus de t-shirts à l’effigie de Dominique de Villepin flanqués des slogans « non à la guerre en Irak, oui à de Villepin » et munis de banderoles, ce sont des jeunes de banlieue venus soutenir l’ancien Premier ministre pour le lancement de son parti, La République Solidaire. Azzedine Ouis accompagne ces militants. Conseiller municipal à Corbeil-Essonnes, il est venu avec les membres de son association de quartier. Un grand nombre d’entre eux ne semblent pas en âge de voter, ce à quoi ce « grand frère » répond : « dans deux ans ce seront des électeurs, il faut les motiver dès maintenant ». Azzedine Ouis a été nommé responsable du groupe de travail sur les réseaux associatifs du nouveau parti. « Mon rôle est de réunir les présidents d’associations autour de Villepin. On se connaît tous ».

D’autres « représentants » des banlieues sont également venus soutenir Villepin. Bouchra Azouz, militante féministe passée par Ni Pute Ni Soumise ; une mère de famille qui a monté une association de quartier ; un entrepreneur et un élève à l’Institut Sciences Politiques ; tous se succèdent à la tribune. Dominique de Villepin arrive enfin et prononce un discours dans lequel il ne manque pas de rappeler son réquisitoire contre la guerre en Irak à l’O.N.U en 2003 et sa position sur la situation au Proche-Orient : « Israël a le droit à sa sécurité mais le peuple Palestinien a le droit à un Etat ». Tonnerre d’applaudissement. Villepin finit de séduire son auditoire lorsqu‘il dénonce « la fuite en avant sécuritaire » du Président de la République et rappelle le fameux « karcher ».

S’appuyer sur les associations pour capter l’électorat des banlieues

Dans les banlieues, Dominique de Villepin sait qu’il peut compter sur l’aversion suscitée par Nicolas Sarkozy. Selon Dominique Baillet, sociologue, la politique répressive du Président de la République y est très impopulaire et même ses ministres issus de banlieue n’y ont aucun crédit. Mohammed, venu du quartier de Montconseil à Corbeil-Essonnes, raconte qu’il a découvert Villepin avec l’affaire Clearstream. Son statut d’adversaire de Sarkozy lui a plu. « Villepin est l’opposant direct de Sarkozy. De plus, il est l’héritier de Chirac » ajoute Azzedine Ouis en rappelant la politique pro-arabe de l’ancien président. Selon Dominique Baillet, l’ancien président de la République bénéficiait dans les années 90 d’un fort soutien de la population d’origine maghrébine alors que celle-ci se positionnait majoritairement à gauche.

La position de Dominique de Villepin est d’autant plus assurée que la gauche n’a pas la certitude de remporter tous les suffrages dans les banlieues. Dominique Baillet remarque ainsi que « l’un des principaux candidats socialistes, Dominique Strauss-Kahn, est perçu par la population d’origine maghrébine comme un ami d’Israël ». En janvier dernier, l’ancien premier ministre n’a donc pas craint de se rendre en terre de gauche, dans les quartiers sensibles de Bondy, en Seine-Saint-Denis.

Villepin victime du discrédit du politique

Malgré l’appui des gens de terrain, certains habitants restent sceptiques. L’ancien premier ministre n’échappe pas à la défiance qui frappe tous les politiques en banlieue. Un habitant du quartier de Montconseil explique que « les gens votent à droite parce qu’ils savent que la mairie s’occupe d’eux. Mais Villepin on s’en fout. Qu’est-ce qu’il va faire pour nous ? ». Malgré sa présence sur le terrain, Azzedine Ouis n’y échappe pas lui non plus. « Ouis fait ce qu’il veut mais depuis qu’il s’est lancé en politique il a perdu du crédit dans le quartier ». L’un de ses amis acquiesce. Dominique de Villepin n’a donc pas encore gagné le cœur de tous les électeurs en banlieue. En revanche, il y puise certainement une partie de sa base militante. Celle-ci va lui être indispensable car selon Jean-Félix, militant à l’UMP, très peu de membres du parti de Nicolas Sarkozy sont prêts à suivre l’ancien premier ministre.


Dominique Baillet a publié "Militantisme Politique Et Intégration Des Jeunes D’origine Maghrébine" aux éditions L’harmattan en 2001.


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Le 26 juillet

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