Que ma joie demeure

Seul en scène, Alexandre Astier rend un bel hommage à Bach. Il ne faut pas rater cette leçon de musique détonante et inattendue. Jusqu’au 13 mai au théâtre du Rond-Point.

© Giovanni Cittadini Cesi

Alexandre Astier est décidément passé maître du détournement jovial de personnages historiques. Après le Roi Arthur, dans la série Kaamelott diffusée sur M6, le voici devenu Bach. 

On le retrouve pour un seul en scène dans la salle Jean Tardieu du Rond Point, animé de la même pudeur bourrue qui faisait le sel de son souverain télévisé. Arthur pourrait être Bach et vice-versa. Deux hommes au-dessus du lot, qui s’accommodent comme ils peuvent de la trivialité de leurs contemporains. Arthur et Bach, même combat pourrait-on dire : élever les hommes un peu plus haut que le ras-du-sol, quitte à jouer de la caricature. Astier excelle dans ce personnage bougon, insolite, brillant, solitaire, qui vit dans une réalité supérieure à celle de ses congénères. Peut-être parce que finalement, ils ne sont pas tout à fait éloignés de lui.
 
Musicien passionné par Bach
 
Depuis l’enfance, le comédien nourrit une passion dévorante pour Bach. C’est à l’âge de « 7 ou 8 ans » qu’il l’a découvert, confesse-t-il en marge du spectacle, et avec lui la complexité limpide du contrepoint. Pour Astier, Bach « a participé à rendre notre univers plus vaste et moins obscur  ». Ce musicien accompli, ancien élève du conservatoire, révèle un esprit sensible, fin, précis, et maîtrise la musique baroque sur le bout des doigts. D’ailleurs, le spectacle s’ouvre sur un exposé érudit des bases du solfège et du clavecin. Seul hic, il est servi à un public inculte par un Bach exaspéré et démissionnaire. Epoustouflant et jubilatoire pour qui ne connait pas la musique. 
 
La comédie et le loufoque ne sont qu’un prétexte pour rendre un hommage appuyé au grand compositeur. S’il n’avait pas été artiste, Astier aurait été un excellent professeur. La vie familiale douloureuse du compositeur, la mort prématurée de dix de ses enfants (ndlr : marié deux fois, Bach eu vingt enfants), la tendresse du père et l’attachement de l’époux, son quotidien de Cantor (chef de cœur) à l’Eglise luthérienne Saint-Thomas de Leipzig, tout cela défile devant les yeux du spectateur. Bien sûr, le propos ici n’est pas la scrupuleuse vérité historique, mais peut-être un peu plus la vérité du cœur. 
 
La mise en scène sobre et sans fausse note de Jean-Christophe Hembert – un clavecin, un tableau noir, des lumières efficaces, quelques accessoires – suffit à planter le décor d’une vie dédiée à la musique. Que ma joie demeure est le portrait insolite, tendre et intime d’un musicien de génie, porté par la ferveur d’un comédien généreux, décidé à partager avec le public sa fascination pour un homme qui a transcendé sa vie.

Que ma joie demeure, de et par Alexandre Astier, mise en scène de Jean-Christophe Hembert, jusqu’au 13 mai au théâtre du Rond Point, 21 heures.


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Le 10 avril 2012

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