« Sortir l’Europe de la crise »

Cinq ans après son entrée dans l’Union européenne, le 1er mai 2004, la République tchèque s’apprête à en quitter la présidence, le 1er juillet prochain, succédant à la France avant de passer le relais à la Suède. Pour la première fois, un pays de l’ancien bloc soviétique prenait ainsi les rênes de l’Union européenne. Retour sur cette présidence historique avec Pavel Fisher, ambassadeur de la République tchèque en France.

Pavel Pavel Fisher - Photo : Anthony Laurent

Lemagazine.info : Comment la République tchèque a-t-elle abordé sa première présidence de l’Union européenne ?
 
Pavel Fisher : Nous souhaitions donner une cohérence à l’action européenne et faire en sorte que les priorités, que nous avions arrêtées conjointement avec la France et la Suède dans le cadre d’une présidence tripartite de 18 mois, soient vraiment respectées. Nous avions à cœur d’élaborer une méthode qui permette aux vingt-sept de travailler dans le consensus le plus large possible. C’était là un des principaux enjeux de notre présidence. Et cette méthode a été payante. Un exemple parmi d’autres : la baisse de la TVA dans la restauration – un dossier défendu depuis longtemps par la France – n’aurait pu voir le jour sans le travail de fond des négociateurs de tous les pays européens.
 
Lemagazine.info : Quels ont été les principaux faits marquants de votre présidence ?
 
Pavel Fisher : Je pense tout d’abord aux élections européennes du 7 juin dernier. Il nous a fallu veiller à ce que l’ensemble des textes législatifs en préparation soit voté avant la fin de la législature du Parlement européen afin que les engagements pris par la France et la République tchèque soient rapidement traduits en lois communautaires. Un autre fait marquant a été la crise du gaz entre la Russie et l’Ukraine. L’enjeu dans ce dossier était que les vingt-sept parlent d’une seule voix. La Russie voulait inviter, un à un, chacun des états-membres autour de la table des négociations, mais la République tchèque y est finalement allée seule, au nom de l’Union européenne, et le conflit a été résolu. Enfin, les violences survenues dans la bande de Gaza au début de l’année ont choqué l’opinion publique en Europe. Avec la France et la Suède, nous avons réussi à tout mettre en œuvre pour arrêter les combats – même si le conflit israélo-palestinien est complexe – et à engager une action humanitaire.
 
Lemagazine.info : Comment la République tchèque a-t-elle géré la crise économique mondiale au cours de sa présidence ?
 
Pavel Fisher : Nous avons réalisé, en prévision du G20, un important travail de coordination afin que tous les états-membres aient une analyse commune de la situation économique mondiale et qu’ils puissent ainsi prendre toutes les mesures appropriées. Plus particulièrement, nous avons souhaité porter l’attention sur les agences de notation, qui ont un impact majeur sur les marchés financiers, pour que leurs responsabilités soient davantage encadrées. Par ailleurs, nous avons organisé un mini-sommet sur l’emploi qui a réuni les représentants patronaux et syndicaux européens. Hormis la crise économique et financière, nous avons donc eu aussi à gérer une crise sociale.
 
Lemagazine.info : Le président tchèque, Vaclav Klaus, n’a pas encore signé la ratification du Traité de Lisbonne, quel est votre sentiment à ce sujet ?
 
Pavel Fisher : A ce jour, quatre pays – l’Allemagne, l’Irlande, la Pologne et la République tchèque –, pour diverses raisons, n’ont pas encore ratifié définitivement le Traité de Lisbonne. Le récent vote des sénateurs tchèques en faveur du Traité a cependant montré que les questions européennes continuent de susciter l’intérêt et d’engendrer les débats dans notre pays. Les hommes politiques tchèques ont compris l’importance de la coopération européenne, surtout en période de crise. C’est pourquoi, le processus de ratification en République tchèque ne s’arrêtera vraisemblablement pas là et notre intégration dans l’Union européenne se poursuivra comme elle a commencé.
 
Lemagazine.info : L’eurosceptiscisme du président Klaus et le pro-européanisme du premier ministre Mirek Topolanek, démis de ses fonctions le 9 mai dernier, ont-ils fragilisé la présidence tchèque ?
 
Pavel Fisher : C’est une question difficile. En 2000, la cohabitation entre Jacques Chirac et Lionel Jospin a eu des répercussions sur la façon dont la France a exercé sa présidence, notamment lors du sommet de Nice. Or lorsque les questions européennes deviennent otages de la politique intérieure, c’est en fin de compte le projet européen qui est pénalisé. Néanmoins, quand nous regarderons le bilan de la République tchèque le 30 juin prochain, nous nous apercevrons que notre présidence n’a finalement pas pâti des positions respectives de Vaclav Klaus et de Mirek Topolanek sur l’Europe, même si elles étaient a priori opposées.
 
Lemagazine.info : Comment jugez-vous le bilan de la première présidence tchèque de l’Union européenne ?
 
Pavel Fisher : Les trois grandes priorités que nous avions choisies – l’économie, l’énergie et les relations extérieures – se sont avérées pertinentes. Concernant la crise économique, nous avions à coeur que l’Union européenne en sorte renforcée. Nous avons donc pris un certain nombre de mesures, portant notamment sur la régulation financière, qui sont allées dans ce sens et qui prendront effet à la fois à court et à long termes. Nous avons également organisé un sommet important sur les défis énergétiques auxquels nous serons confrontés à l’avenir, comme par exemple l’usage du nucléaire dans la production d’électricité. Or l’énergie étant synonyme de liberté et de souveraineté pour nos pays, il était donc nécessaire de se pencher sur ces questions cruciales. Enfin, durant la présidence tchèque, l’Europe a eu à dialoguer avec les Etats-Unis, le Canada, la Chine, la Russie, le Pakistan, etc. sur plusieurs dossiers géopolitiques. Nous avons par conséquent montré que les vingt-sept étaient en phase avec les défis du monde.
 
Lemagazine.info : Avec le recul, que répondez-vous aux critiques émises à l’encontre de votre pays au début de son mandat ?
 
Pavel Fisher : Ces critiques étaient injustes et parfois même offensantes. Elles ont surtout été le fait de personnes qui n’acceptaient pas de voir un pays de taille modeste et récemment entré dans l’Europe prendre la présidence de l’Union européenne. Nous pensons, pour notre part, que l’Europe doit tirer profit de la diversité, de l’histoire et des traditions de ses états-membres. Même si nous avons pu commettre des erreurs durant notre présidence, nous avons constamment œuvré à ce que des mesures consensuelles soient adoptées et à ce que certains grands dossiers puissent réellement avancer. Nous sommes aujourd’hui prêts à passer la main à la Suède.
 
Lemagazine.info : Que peut apporter la République tchèque à l’Europe, et inversement ?
 
Pavel Fisher : L’humour, l’autodérision, l’ironie... Les Tchèques ont l’habitude de ne pas se prendre au sérieux. En tant que « conservatoire de l’Europe », riche d’une tradition musicale très ancienne, la République tchèque peut également inculquer aux membres de l’Union européenne une véritable culture de l’écoute. Enfin, notre présidence a permis à nos concitoyens de s’intéresser davantage aux questions européennes et de voir à quel point l’Europe peut prendre une place importante dans leur vie quotidienne.


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Le 28 juin 2009

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