Sur le sentier de la mer

Depuis 1975, la Direction régionale de l’environnement et le Conservatoire de l’espace littoral travaillent ensemble pour assurer la protection des 1300 kilomètres de côtes bretonnes. Falaises abruptes, rivages dunaires ou marais salants ; en été, le sentier des douaniers offre au regard des promeneurs ses blessures océanes.


David Raynal

Sur plus de 1300 kilomètres, de Saint-Nazaire au Mont-Saint-Michel, le sentier des douaniers de Bretagne attire chaque année un nombre croissant de randonneurs. A l’origine, ces chemins de ronde séculaires étaient chargés de prévenir la contrebande qui sévissait sur les côtes. Aujourd’hui, le sentier des douaniers avec ses vieilles guérites de pierre dépareillées n’apparaît plus comme une frontière infranchissable entre la mer et la terre. Pour beaucoup d’Armoricains, de touristes, ou de marcheurs, il symbolise le contact avec une nature, retrouvée, intacte et indomptable.

Du fait de leur succès, les sentiers font désormais l’objet d’une attention toute particulière de la part des pouvoirs publics. Le classement et l’inscription des grands sites nationaux, la préservation des espaces naturels sensibles par les départements, ou la création des parcs naturels régionaux, tels que celui d’Armorique et de Brière, sont autant de moyens développés par nos institutions pour protéger nos côtes. En matière de sauvegarde de l’environnement, la palme revient incontestablement au Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres. Depuis 1975, il a pour mission de protéger les zones menacées et fragilisées du bord de mer. Les terrains qu’il acquiert demeurent inaliénables et sont transmis aux générations futures. A ce jour, le patrimoine du conservatoire est constitué de 485 sites (dont 72 en Bretagne) soit plus de 10% du littoral national. Ces terrains balisés sont ouverts à tous, pour peu que l’on respecte leur intégrité. Quant à la Direction régionale de l’environnement, elle gère un ensemble de quelque 2800 sites classés, répartis sur toute la péninsule bretonne.

Saint Guirec, patron des jeunes filles

C’est en été que le Trégor, région située au nord-est des Côtes d’Armor, déroule les charmes apaisés de son littoral unique : gouffre de Castel Meur sur la côte de Plougrescant, Villa Silencio - la résidence du peintre Maurice Denis (1870-1943) à Perros-Guirec, château de Costaérès à Ploumanac’h, presqu’île Renote et statue du Père éternel à Trégastel... Sans oublier le joyau naturel de l’Ile Grande et au large, la superbe réserve ornithologique des Sept-Iles. Terre de transition entre l’Armor (le pays de la mer) et l’Argoat (le pays des bois), les légendes trégoroises prennent parfois, à l’image des rochers du coin, des formes extravagantes.

De Ploumanac’h à Trégastel, la côte se colore de rose, jalonnée par des blocs de granit cyclopéens que l’on croirait tombés du ciel. Sur la plage, la mer vient lécher un minuscule monticule de pierre. Elevé sur un emplacement datant du Moyen Age, l’oratoire de Saint-Guirec abrite la statue de l’un des nombreux moines gallois, venus à partir du Ve siècle d’outre-Manche évangéliser la Bretagne. Autrefois, les jeunes filles en âge de se marier venaient piquer le nez du saint homme avec une aiguille. Si cette dernière tenait, le mariage aurait lieu dans l’année. Il y a quelque temps, Saint Guirec est parti à la ville se refaire un nez au milieu de la figure. C’est qu’ici, les promises ont la mémoire tenace !

Entre Saint-Malo et Cancale, le rivage est sous haute surveillance. L’île Besnard, rattachée à la terre par une langue de sable, surveille impassiblement le havre de Rothéneuf. Un peu plus loin, les anses du Guesclin et de la Touesse inspirent toujours poètes et écrivains. Au 20e siècle, les rivages de cette dernière accueillirent l’idylle du chevalier de Tinténiac et de Jacquemine écrite par le Malouin Théophile Briant, tandis que Colette, confortablement installée dans sa propriété bucolique de Roz-Ven, imaginait « Le Blé en herbe », l’un de ses plus beaux et sulfureux romans.

Sentinelles de la mer

Aujourd’hui encore, le sentier des douaniers de Bretagne garde les empreintes de ses sentinelles de la mer. C’est à Colbert que l’on doit la mise en place d’un tarif national aux frontières françaises. Au XVIIe siècle, en pleine épopée corsaire, l’entrée des produits anglo-hollandais est fortement restreinte, permettant ainsi d’exporter beaucoup et d’importer peu. Le service des douanes devient rapidement une arme économique redoutable. Autrefois, le douanier en action portait un véritable harnachement et était accompagné d’un chien. A la veille de la Révolution, ils sont 25000 à traquer les contrevenants. Sel, café, tissus, chaussures, armes, rien n’échappe à ces hommes à l’allure singulière.

L’entretien méthodique et concerté des sentiers du littoral a permis de sauvegarder pour l’avenir, une partie non négligeable du patrimoine naturel et maritime breton. Certes, la pression démographique et l’urbanisme sournois menacent toujours de mitage les côtes bretonnes. Espérons toutefois que dans les prochaines années, la vigilance de chacun, promeneurs et pouvoirs publics, permettent d’effectuer le Tro-Breiz* des joyaux du littoral, à l’image du pèlerinage ancestral qui célèbre depuis le Moyen Age les sept saints fondateurs de la Bretagne historique. 


* Le Tro Breizh, qui en breton signifie « tour de Bretagne », est un pèlerinage catholique qui relie les villes (Quimper, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Saint-Brieuc, Dol de Bretagne, Vannes) des sept saints fondateurs de la Bretagne.

Site de la région Bretagne www.region-bretagne.fr

Tourisme en Bretagne http://www.tourismebretagne.com

Conservatoire du littoral www.conservatoire-du-littoral.fr


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Le 23 juillet 2012

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