Yves-Noël Genod

Le spectacle que présente actuellement Yves-Noël Genod au théâtre de Chaillot est suspect : est-ce de la danse ? Du théâtre ? De la performance ? La forme hybride qu’il nous propose malmène les catégories convenues de la représentation scénique. C’est un spectacle baroque, à la mesure de sa démesure, qui s’improvise tous les soirs dans la petite salle du théâtre de Chaillot.


Crédit Photo : Patrick Berger

Le spectacle du chorégraphe Yves-Noël Genod au théâtre de Chaillot dissipe d’emblée toute ambiguïté : il porte comme titre le nom de son auteur. Pourtant, dans Yves-Noël Genod d’Yves-Noël Genod, Yves n’est à aucun moment sur scène. Si l’on est quelque peu observateur, l’on pourra toutefois distinguer son imperturbable silhouette, tapie dans la salle au milieu des spectateurs. Face à qui, face à quoi nous entraîne ce fantasque créateur qui semble bouder la scène  ?
« La Beauté sera convulsive ou ne sera pas ». Si André Breton ne l’avait pas énoncé, Yves-Noël Genod l’aurait sans doute annoncé. Cet artiste qui enchaîne les créations à un rythme effréné (pas moins de 21spectacles en cinq ans) est habité par l’urgence du présent et c’est précisément avec le matériau - tant perméable qu’évanescent - de la vie elle-même, avec ce qu’elle a de théâtral et d’ordinaire, qu’il entend transmuter le plomb en or et… l’or en plomb. Son spectacle détone comme un singulier feu d’artifice dans les sous-sols du théâtre de Chaillot. Et c’est en alchimiste aguerri, revêtu d’une côte de maille scintillante, que ce chevalier à la radieuse figure nous accueille à l’entrée du théâtre et nous invite à pénétrer dans son antre.
 
Le sous-sol de Chaillot : l’antre du grand Dispariteur
 
C’est dans le Studio, cette petite salle recluse dans les tréfonds du théâtre, que celui qui seprésente sous le nom du Dispariteur a imaginé de faire évoluer ses partenaires comédiens. Ceux-ci égrènent, sur scène et en-deçà, expériences et représentations, improvisant et révélant, l’envers du décor d’une société du « pestacle », furieusement poétique. Au sein de ce creuset magique où tout peut (et ne pas) advenir, les scènes se succèdent et s’entrecoupent sans logique apparente, au gré des vêtements qu’ôtent et enfilent les comédiens comme autant de masques qui leur garantissent un récit. Mais l’habit ne fait pas le moine et lorsque le corps n’a plus pour costume que sa seule nudité, c’est alors un déchaînement du (et des) sens qui vient abruptement éclabousser le spectateur. Et ce dernier n’est pas au bout de ses surprises…
 
C’est avec grande sincérité qu’Yves-Noël nous délègue la liberté de croire ou non à la vertu de ses artifices « vrais »qui réussissent à brouiller les frontières qui ont de tout temps opposé l’art et la vie. Ces artifices qui sont ceux dont on use dans la vie ordinaire et qui apparaissent toujours au théâtre comme des subterfuges transcendants. Mais la vie est un grand théâtre, « le plus grand théâtre du monde » comme le préconisait Caldéron De La Barca, l’auteur baroque du siècle d’or espagnol. Et c’est reprenant au Baroque l’artifice équivoque du sfumato et du trompe-l’œil que ce spectacle malmène l’évidence de la réalité. Cette réalité même, qu’il vous semblera avoir croisée quelques minutes plus tôt mais qui n’a vraisemblablement pas été autorisée à franchir le seuil du théâtre. Yves-Noël ne l’a pas invitée, semblerait-il. Et c’est tant mieux, puisque finalement, le spectacle affiche complet !

Yves Noël Genod d’Yves Noël Genod au Théâtre de Chaillot.

Jusqu’au 6 Juin.

www.theatre-chaillot.fr


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Le 2 juin 2009

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