A l’est de la Pologne, s’étend la Réserve strictement protégée du Parc national de Bialowieza. Cet espace forestier clos de 4 700 ha héberge le dernier fragment de forêt primaire du continent européen. C’est un endroit exceptionnel où la faune et la flore se développent naturellement depuis des siècles, sans aucune ingérence humaine. 
Bisons du parc national de Bialowieza François Maris Le Baud/Le Magazine.info
L’objet premier de la réserve du Parc national de Bialowieza, créée en 1921, est de protéger toutes les composantes des écosystèmes dont la forêt regorge, à savoir les eaux, les sols, la végétation ou encore la faune. Ainsi, rien n’y est jamais abattu, semé ou bien défriché. Elle constitue le dernier témoignage d’une zone forestière qui enveloppait, il y a plus de 6 000 ans, la plaine centrale d’Europe, des Carpates jusqu’à la mer Baltique. Contrairement aux autres forêts européennes, elle n’a jamais connu d’implantations humaines massives, ce qui explique son exceptionnel état de conservation. Elle ne fut qu’occasionnellement le terrain de chasse des rois polonais et des tsars russes. Préservée depuis des siècles, la forêt dispose donc aujourd’hui de nombreuses espèces qui ont, pour la plupart, disparu ailleurs.

L’entrée de la réserve. François Maris Le Baud/Le Magazine.info
Une faune et une flore exceptionnelle
Au sein de la réserve, on recense pas moins de 809 espèces de plantes, dont 25 espèces d’arbres, qui, pour certains, atteignent près de 50 m de haut pour 2 m de diamètre et peuvent être âgés de 400 ans. Plus de 3 000 espèces de champignons, près de 200 types de mousses et 277 de lichens y ont été répertoriés. La réserve est également habitée par plus de 120 espèces d’oiseaux, 12 000 espèces d’invertébrées (principalement des insectes, qui constituent 95% de la vie animale du parc) et 58 mammifères. Le plus connu d’entre eux est le bison (Zubr), symbole officiel de la forêt de Bialowieza et du parc. C’est le plus gros mammifère européen existant. Pour autant, on estime qu’il n’en reste aujourd’hui que 350 en liberté dans toute la forêt. Tout comme le bison, de nombreuses autres espèces y sont endémiques. Les chercheurs et scientifiques, pour qui ce lieu est un véritable terrain de jeu, estiment d’ailleurs que seule la moitié d’entre elles ont été répertoriée à ce jour. L’UNESCO ne s’y est pas trompée. Dès 1977, elle a inscrit le Parc national de Bialowieza sur la liste des réserves mondiales de biosphère. Deux ans plus tard, en 1979, il entrait dans le cercle fermé des sites du patrimoine mondial de l’humanité.

François Maris Le Baud/Le Magazine.info
Un écotourisme en devenir
Environ 120 000 touristes viennent chaque année visiter le parc, principalement entre mai et septembre, quand les températures sont plus clémentes (elles oscillent entre -35°C en hiver et +30°C en été) et que la flore est à son apogée. Les autorités ont décidé de développer les infrastructures afin d’augmenter le nombre de visiteurs. Ainsi, un musée d’histoire naturelle financé en partie par des fonds européens a récemment vu le jour. Très bien réalisé, ce musée bénéficie des dernières technologies sonores et vidéo. Il permet de mieux appréhender l’histoire du parc et la vie exceptionnelle qui la compose. Enfin, un nouveau complexe hôtelier ouvrira ses portes prochainement.
Malheureusement, les visiteurs ne se rendent pas toujours dans la Réserve strictement protégée. Pourtant, les visites y sont autorisées à condition de respecter certaines règles. Il est ainsi obligatoire de prendre un guide spécialisé et d’y pénétrer uniquement en petit groupe. La découverte se fait alors sur un sentier de 10 km qui sillonne une partie certes réduite de la réserve mais qui permet d’apprécier son caractère exceptionnel et d’observer le contraste avec nos forêts « classiques ». Avant de quitter la région, et compte tenu de la difficulté d’y apercevoir des bisons à l’état sauvage, il est recommandé de passer par le centre d’élevage, à la sortie de Bialowieza, où une dizaine d’entre eux vivent protégés. Ils sont accompagnés par d’autres animaux issus du parc tels que des loups, des élans, des lynx ainsi que par une espèce plus rare, le Zubrow, un croisement entre le bison et la vache, dont le poids dépasse souvent la tonne !
Souhaitons que l’écotourisme puisse se développer et que les habitants de la région, un peu oubliés jusqu’alors, en voient des retombées concrètes. Pour autant, la protection de la forêt doit demeurer la principale finalité, au risque de perdre des témoignages extraordinaires de notre histoire.



