La stratégie dite de Lisbonne est censée revigorer l’économie européenne d’ici à 2010 en favorisant la recherche et l’innovation. Dans ce cadre, le tableau de bord européen de l’innovation (TBEI) est l’instrument mis en place par la commission européenne pour évaluer et comparer les performance des différents Etats.

Gunter Verheugen - Crédit © Communauté européenne, 2006
Le TBEI comprend des indicateurs d’innovation et des analyses de tendances pour les 25 Etats membres de l’UE, ainsi que pour la Bulgarie, la Roumanie, la Turquie, l’Islande, la Norvège, la Suisse, les Etats-Unis et le Japon. Il évalue cinq aspects-clé de l’innovation : les moteurs de l’innovation, la création de connaissances, l’innovation et l’esprit d’entreprise, les applications et la propriété intellectuelle. Les moteurs de l’innovation, notamment, font référence au nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, en particulier dans les domaines scientifique, ainsi qu’au taux de pénétration des réseaux à haut débit.
Résultats mitigés
En fonction de leurs performances dans ces différents domaines, le tableau de bord européen de l’innovation répartit les pays européens en quatre groupes : la Suède, la Finlande, le Danemark, l’Allemagne et la Suisse se situent dans le peloton de tête. Dans le milieu du peloton, on trouve la France, le Luxembourg, l’Irlande, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique, l’Autriche, la Norvège, l’Italie et l’Islande. Le groupe suivant est en phase de rattrapage : Slovénie, Hongrie, Portugal, République tchèque, Lituanie, Lettonie, Grèce, Chypre et Malte. Enfin, les pays en perte de vitesse sont l’Estonie, l’Espagne, la Bulgarie, la Pologne, la Slovaquie, la Roumanie et la Turquie.
Au vu de ces résultats, on n’est pas surpris du commentaire de Gunter Verheugen, vice-président de la Commission européenne, lors de la présentation de la 5ème édition du TBEI, le 12 janvier dernier : « Le tableau de bord de l’innovation montre clairement que nous devons faire davantage en faveur l’innovation. La stimulation de l’innovation est un pilier essentiel dans notre partenariat pour la croissance et l’emploi ».
L’innovation européenne face aux autres puissances
L’écart en matière d’innovation entre l’UE et le Japon continue de se creuser, tandis que celui existant entre l’UE et les Etats-Unis est quasiment stable. Les investissements de l’UE en faveur de la recherche reste cependant inférieurs d’un tiers à ceux des Etats-Unis. De fait, le retard de l’UE dans ce domaine ne s’est pas réduit au cours des dernières années. Parallèlement, des pays émergents comme la Chine et l’Inde sont en train de devenir rapidement des centres de recherche et d’innovation de premier plan.
La situation de la France
Et la place de la France dans ce palmarès ? En matière d’innovation, notre pays occupe le 9ème rang européen, derrière les pays nordiques, l’Allemagne, la Belgique et le Royaume-Uni. Pas vraiment de quoi faire cocorico ! Quelques points forts relatifs doivent cependant être mis en avant : la création des connaissances et les moteurs d’innovation. Il demeure que l’innovation proprement dite et l’esprit d’entreprise constituent les principales lacunes françaises. La France souffre d’une situation paradoxale, puisque le nombre de ses diplômés sortant des écoles d’ingénieurs et des universités scientifiques reste très supérieur à la moyenne européenne, sans que cela ne redynamise l’esprit d’entreprise du pays. Cette situation semble résulter du manque de relations existant entre les systèmes de recherche publics et privés. L’effort de recherche et de développement universitaire financé par les entreprises ne correspond d’ailleurs qu’à seulement 44 % de la moyenne européenne, au point que certains observateurs n’hésitent pas à parler de goulot d’étranglement.
Au final, un constat s’impose : l’innovation européenne doit encore faire beaucoup de progrès si elle veut rejoindre le niveau de ses concurrents. De son côté, la France doit continuer à se réformer si elle veut rejoindre le peloton de tête des 25.




