Il y a des spectacles juste pour rire, comme ça, parce que c’est rigolo. Le Boulevard du boulevard du boulevard est de ceux-là.

crédit photo : Philippe Delacroix
Eclat de rire au Théâtre du Rond-Point, sur les Champs-Élysées, loin des grands boulevards. Voici l’histoire : une femme croit que son mari la trompe, alors qu’il est le meilleur ami de l’amant de sa femme, qui n’est d’ailleurs pas son amant puisqu’elle a toujours refusé ses avances, sans compter qu’elle ne le connaît même pas. De plus, la femme de son amant n’a jamais pu supporter qu’on la trompe. Sans compter qu’il y a un domestique qui n’aime pas fermer les portes, « Pourquoi, t’as froid ? », un âne qui fait des claquettes, et un élan qui tombe à pic pour venir au secours des maris qui s’emportent. Il y a aussi Achille Talon qui débarque, l’air de rien, et un personnage qui reçoit sur scène des lettres adressées à son comédien. Et devant la scène, il y a un mur transparent qui n’existe même pas, et d’ailleurs cela arrange tout le monde. Et si ça continue comme ça, on va finir pas ne plus savoir où on en est.
Sérieusement comique
C’est cela le Boulevard du boulevard du boulevard, c’est une grosse farce sans queue ni tête, pleine d’humour et de fantaisie, et tant mieux s’il n’y a rien à comprendre. Ça crie, ça hurle, ça pleure, ça virevolte dans tous les sens, et par extraordinaire, tous retombent toujours sur leurs pieds, comme si de rien n’était. Il faut dire que le texte de Mesguich a des petits côtés jubilatoires, comme si ce « projet sérieusement comique » comme il dit, voulait rendre hommage à la liberté de l’art et du théâtre, dans une sorte de spectacle euphorisant, « dont l’humour soit la loi en même temps que la transgression ».
Expérience théâtrale
Il n’est pas faux de parler d’expérience théâtrale. Voilà d’ailleurs une quinzaine d’années qu’elle a été lancée. Il ne s’agissait encore que d’un Boulevard du Boulevard, signé sous un pseudonyme collectif - Gaston Portail - où se retrouvaient à la fois le metteur en scène, les acteurs, et tous ceux qui avaient contribué à cette extrapolation du vaudeville. Marivaux, Feydeau, Labiche, Courteline, mais aussi Woody Allen, Tex Avery, les Monthy Python, en passant par Louis de Funès ou Pierre Richard, tous sont convoqués sur scène par la voie d’une imagination débridée et d’une inspiration souvent heureuse. Aujourd’hui, Daniel Mesguich signe une suite à l’aventure, et un véritable boulevard semble s’ouvrir devant elle. Cela ne fera d’ailleurs jamais que le troisième....
Il fallait du souffle pour mener à son terme un projet de ce type. Cela tombe bien, aucun des dix comédiens présents sur scène n’en manque, et tous semblent prendre un réel plaisir à jouer et rire avec le public des recettes et de l’énergie qui font le sel de ces histoires d’amants et de maris trompés. Bien sûr, peut-être les 2 heures 30 du spectacle - entracte comprise - n’étaient-elles pas totalement nécessaires, et le plaisir et la bonne humeur seraient-il tout autant au rendez-vous dans une version légèrement raccourcie, mais au final, cela compte peu, puisque après tout, comme le dit Mesguich, « c’est faire du théâtre qui est rigolo ».




